Développé en éventail dans sa partie sud, entre les tributaires de la Kama et les affluents des grands fleuves sibériens, l'Oural s'amincit à mesure qu'il s'étend vers le nord. Dans la région où nous nous trouvons, son épaisseur est faible, bien que ce soit précisément là que se dressent les points culminants de la chaîne septentrionale, le Sabli-Is et le Telpos-Is. Des premiers mamelons élevés au-dessus de la vallée de la Chtchougor aux derniers renflements dominant la plaine sibérienne, la distance ne dépasse guère 100 kilomètres, et nulle part une arête abrupte. Partout de hautes collines isolées par de larges dépressions, partout le passage serait facile sans d'immenses marais. Les marais, voilà la grosse difficulté dans l'Oural septentrional. Sur des distances énormes vous ne rencontrez pas un pouce de terre ferme. D'Oust-Chtchougor à l'Oural s'étend une forêt marécageuse large d'une trentaine de lieues, coupée de profondes rivières. Quel obstacle présentent à la marche ces marécages, voici un fait qui le prouvera mieux que toute description. Il y a quelques années, à la suite d'un automne pluvieux, la grande route impériale construite à travers l'Oural méridional de Perm à Tioumen devint impraticable; les voitures restaient enlizées dans la boue, et à Iékatérinebourg, la grande ville de la région, les rues formaient des bourbiers où les passants risquaient de se noyer. Les communications étaient si dangereuses que les établissements d'instruction publique durent être fermés. Iékatérinebourg est situé dans une partie sèche de l'Oural. Jugez ce que peut être l'état du sol dans la région où nous sommes, sans chemin et couverte en tous temps de marais! L'été, les marécages empêchent pour ainsi dire toute communication entre les deux versants de la chaîne septentrionale. L'hiver seulement, une fois ces terres tremblantes solidifiées par la gelée et recouvertes d'une épaisse couche de neige, leur traversée devient facile. Dans les pays du nord, l'hiver est la période d'activité, la saison des transports et des foires. Sur la neige durcie par le froid, patineurs et traîneaux glissent alors rapidement, sans danger de s'embourber ou d'être arrêtés par les rivières. Terre et eau ne forment plus qu'une nappe cristalline dure et résistante.
DE LA PETCHORA A L'OB
Feuille 2
Croquis à la Boussole du Cours de la Petchora
de la Chougor et de la Sygva par Ch. RABOT
1890.
Pour le naturaliste, l'été est, au contraire, l'époque des voyages. Le précepte qui recommande de parcourir en hiver les pays froids a été inventé par des gens sédentaires. Quel travail pourrait faire un voyageur alors que le sol est recouvert d'un uniforme linceul! Impossible d'exécuter le moindre relèvement topographique. Sous l'épais manteau de neige, allez donc distinguer un lac, une rivière, de la terre ferme! Allez donc faire des collections d'histoire naturelle alors que le sol est enfoui sous la neige!
A travers les marécages de l'Oural les seules routes praticables sont celles tracées par les cours d'eau. Prenez une carte, vous voyez que les sources de la Petchora et de ses tributaires de droite ne sont distantes que de quelques kilomètres des cours d'eau sibériens. Partout les affluents de la Petchora ne sont séparés de ceux de l'Obi que par des isthmes étroits. Entre les deux versants de la chaîne s'étendent des lignes d'eau presque continues, routes naturelles d'Europe en Asie.
Des sources de la Petchora à l'océan Glacial, l'Oural septentrional est ainsi traversé par quatre passages principaux.
Le plus méridional suit le cours supérieur de la Petchora et conduit dans la haute vallée de la Sosva.
Plus au nord, l'Ilytch, puis son tributaire, l'Iogra-Laga, amènent également près des sources de la Sosva.
Le troisième et le plus important de ces passages est formé par la Chtchougor et débouche dans la haute vallée de la Sygva, sous-affluent de l'Obi.
Enfin, à la limite méridionale des toundras, l'Oussa permet d'atteindre soit le Voïkar, soit le Sob, affluents de l'Obi.