[129] Poliakov, Pisma i ottcheti o poutéchéstvii v dolinou r. Obi. Pétersbourg, 1877.

Enfin, de l'avis de tous les voyageurs, la diminution des Ostiaks est due en grande partie à l'institution du kalym. Dans notre société, les filles, lorsqu'elles se marient, diminuent le patrimoine paternel; chez les indigènes de l'Obi, elles sont, au contraire, un capital pour le chef de famille. L'époux achète la jeune fille à son père, usage évidemment emprunté par les Ostiaks à leurs voisins les Tatars. Le kalym ou prix de la fiancée se paye en argent, en pelleteries ou en rennes. Autrefois les jeunes gens qui ne pouvaient réunir le capital nécessaire à l'acquisition d'une femme, demandaient à l'amour son puissant secours; s'ils réussissaient à inspirer de tendres sentiments à une jeune fille, ils l'enlevaient; le rapt rendait le mariage valable. Depuis quelque temps cette coutume n'est plus suivie; la vente seule opère le mariage; et comme les jeunes gens assez riches pour acheter une femme sont rares, le nombre des unions diminue.

D'après M. Sommier, la valeur du kalym varie de 60 à 250 francs. La plupart des Ostiaks, ne possédant pas une pareille somme, l'empruntent à des Russes dans des conditions très onéreuses. Pour racheter sa dette, le malheureux s'engage, par exemple, à livrer à son créancier les principaux produits de sa chasse ou de sa pêche à moitié prix de leur valeur jusqu'à concurrence de la somme prêtée. Dans l'aristocratie indigène, le kalym atteint parfois un capital relativement considérable. Poliakov cite un kalym comprenant 100 peaux de renards argentés, 2 de castors, 1 de renard noir, 2 marmites en cuivre, 150 rennes, et 11 mètres d'étoffe rouge. En échange, la fiancée recevait en dot 15 traîneaux chargés de poisson et de viande, une tente avec plusieurs couchettes, dont deux garnies de couvertures et draps, 30 clochettes et 15 aunes de courroies en peau d'ours.

Les Ostiaks admettent la polygamie, mais l'institution du kalym en interdit pour ainsi dire la pratique. La misère rend les Ostiaks vertueux.

Les ethnographes partagent cette population sibérienne en deux races distinctes: les Ostiaks et les Vogoules, les premiers habitant les bords de l'Obi, les seconds les pentes de l'Oural.

A mon avis, cette distinction doit être rejetée. Les quelques Slaves établis dans les vallées de la Sygva et de la Sosva du Nord, comme les indigènes eux-mêmes, ignorent le nom de Vogoules. Les naturels, lorsqu'ils parlent russe, se disent Ostiaks, et les pêcheurs russes ne les connaissent que sous ce nom. Dans leur langue, les aborigènes n'admettent pas la classification des ethnographes; de la Sygva à la Tavda, tous se considèrent comme appartenant à un seul et même peuple, et dans leur idiome se donnent le nom commun de Manzi, qu'ils appartiennent aux tribus ostiakes ou vogoules des savants de cabinet[130].

[130] Sommier, loc. cit.

D'autre part, tous les produits de l'industrie des prétendus Vogoules sont identiques à ceux des Ostiaks de l'Obi. Castren, la principale autorité en matière d'ethnographie finnoise, reconnaît que les deux peuples ne sont séparés que par des différences insignifiantes[131]. Enfin, d'après l'anthropologiste russe Maliev, les crânes ostiaks présentent une ressemblance presque complète avec ceux des Vogoules. Entre les deux peuples soi-disant distincts il y a identité complète de type et d'industrie. Rien n'autorise par suite à diviser les indigènes de la Sibérie occidentale en deux races. Les ethnographes en chambre ont inventé une population qui n'existe pas.

[131] Castren, Etnologiska Föreläsningar, Helsingfors, 1857, p. 136.

Tous les voyageurs qui ont parcouru l'Oural septentrional partagent cette opinion. Hoffmann n'hésite pas à affirmer que les Vogoules et les Ostiaks de Liapine ne forment qu'un seul et même peuple[132]. Avant lui, Müller avait démontré que ces noms avaient seulement une valeur locale[133]. Plus récemment, M. Sommier, dont la compétence est absolue, signale également l'identité des Ostiaks et des Vogoules. Enfin un voyageur russe, M. V. J. Kouznetsov, est arrivé à la même conclusion, après avoir étudié les «Vogoules» de la Losva et de la Sosva méridionale.