[132] Hoffmann, Der Nördliche Ural und das Küstengebirge Pae-Choi, p. 50.
[133] «A la fin du moyen âge, après que la Iougrie fut devenue tributaire du grand-duc de Moscou à la suite de l'incorporation de la république de Novgorod à ses États, à côté de l'ancien nom de Iougrie apparurent de nouvelles dénominations telles que celles de Wogoules ou Wogoulitsch et d'Ostiaks. Au début, l'ancien nom se conserva à côté des nouveaux, puis, avec le temps, ne s'appliqua plus qu'à quelques localités. Ainsi s'explique comment les noms de Iougrie, de Vogoules et d'Ostiaks ont été employés les uns pour les autres sans y attacher d'importance.» (Ferdinand-Heinrich Müller, Der Ugrische Volksstamm, vol. I, p. 112.)
«Dans cette région, écrit-il, la population se divise en iassatchny (familles soumises au iassak, tribut en fourrure), Vogoules et Ostiaks. Quelle différence existe-t-il entre ces deux derniers groupes d'indigènes, aucun Russe n'a pu me l'indiquer, et moi-même n'ai pu le découvrir. Les uns comme les autres parlent la même langue, habitent des huttes construites sur le même modèle, portent des vêtements semblables et décorent leurs objets mobiliers des mêmes ornements[134].» De l'avis de M. Kouznetsov, et c'est également le nôtre, la seule différence entre les Vogoules et les Ostiaks est que les premiers ont subi plus profondément l'influence russe que les seconds.
[134] N.-I. Kouznetsov, Priroda i jiteli vostotchnago sklona siévernago Ourala. (Izviestia Imperatorskago rousskago geografitcheskago obchtchestva, t. XXIII, 6, 1887.)
En faveur de la distinction des races, on a invoqué la différence des langues. L'argument est spécieux. D'abord les deux idiomes ostiak et vogoule sont très rapprochés et constituent plutôt deux dialectes que deux langues. En second lieu, toutes les races peu nombreuses, dispersées sur de vastes territoires et fractionnées en groupes isolés, ne maintiennent pas l'unité de leur langue. Ainsi les Lapons méridionaux, ceux de Röraas, par exemple, ne comprennent pas leurs congénères du Finmark, et ces derniers, bien que limitrophes de la presqu'île de Kola, n'entendent pas le dialecte de leurs frères russes. On ne divise pourtant pas les Lapons en races distinctes. Le même fait s'observe dans le bassin de l'Obi. La langue ostiake ne comprend, paraît-il, pas moins de trois dialectes: celui de Liapine, celui de l'Obi et celui de la Sosva méridionale ou des Vogoules.
Comme le montrent les citations, les savants russes sont d'accord avec nous pour reconnaître que la classification des Finnois Ougriens de la Sibérie occidentale en Ostiaks et Vogoules n'est point justifiée.
Après cette discussion, revenons à notre voyage. Nous déjeunons longuement, en gens déshabitués au luxe d'une table, puis nous allons visiter le village ostiak de Chekour-Ia[135].
[135] Sukker-ia-Paoul de l'Atlas Stieler, Schokurje d'Ahlqvist. Paoul, hameau indigène.
Figurez-vous une vingtaine de cahutes en bois éparses dans une clairière. Au centre s'élève un énorme cornet blanc debout sur le sol. C'est une tchioume, le premier abri imaginé par ces primitifs. En Sibérie, où sur des milliers de kilomètres on ne rencontre pas une roche, pas même une pierre, les indigènes n'ont pu trouver un gîte dans des cavernes, comme les habitants préhistoriques de nos pays, et ont dû improviser des huttes de branchages. Pour ces constructions, le bois ne leur faisait pas défaut. Ils ont dressé des cônes de perches, puis les ont recouverts de l'écorce imperméable du bouleau et ont ainsi obtenu la tchioume, le grand cornet dressé au milieu du village. Cet abri est une survivance des temps préhistoriques. Examinez les tentes des Lapons, les vieilles huttes (kota) des Finnois de Finlande, vous serez frappé au premier coup d'œil par la similitude absolue de ces diverses constructions; c'est le même type d'architecture, légèrement modifié par des influences de milieu. Il n'est donc pas téméraire d'affirmer que cet abri date de cette époque, vieille de plus de vingt siècles, où les Finnois, aujourd'hui épars en Europe et en Asie, vivaient réunis dans la Sibérie méridionale.