Iourte de Chekour-Ia.
A côté de cette tente se trouvent des constructions moins primitives, des iourtes. Ces baraques, le type le plus perfectionné de l'architecture ostiake, ne comprennent qu'une seule pièce[136], précédée d'un petit vestibule. La plus grande partie de la chambre est occupée par un lit de camp (paoul), divisé, dans certaines habitations, en trois compartiments: l'un réservé au père de famille, le second au fils aîné, et le troisième aux enfants ou aux pauvres. Dans les sociétés primitives, tout le monde est charitable, et toujours ces païens mettent en pratique les principes de l'Évangile, qu'ils ignorent. Le plus souvent la iourte renferme simplement deux lits de camp, disposés face à face sur les côtés, et au fond de la pièce un banc. Sur ces lits et le long des murs sont placés des paillassons, ornés de dessins géométriques et bordés de peaux de poisson, fabriqués par les femmes avec des plantes palustres[137]. Les Ostiaks emploient ces nattes en guise de tapis; usage évidemment emprunté aux Tatars, lorsque, habitant des contrées plus méridionales, ils se trouvaient en contact avec les musulmans. Par-dessus cette sparterie sont étendues en place de matelas de belles peaux de rennes. Le restant du mobilier se compose d'étagères pour les ustensiles de ménage et de traverses comme portemanteaux.
[136] Cette pièce mesure généralement une longueur de 4 mètres sur une largeur de 3.
[137] Il y a deux espèces de paillassons, l'un tressé avec des roseaux, blanc et parsemé de dessins noirs, l'autre en plantes beaucoup plus fines, jaune et sans ornementation.
De ces iourtes, les unes servent d'abri en été, les autres d'habitations d'hiver, et, par suite, présentent des différences de construction. Dans la iourte d'été, le foyer est placé au centre de la chambre, entre des pierres, et au toit de la baraque est percé un large trou servant tout à la fois au passage de la fumée et à l'éclairage de la maison. Avec une pareille ouverture, la ventilation serait beaucoup trop complète par des froids de 40 degrés: aussi, dans l'habitation d'hiver ce foyer est-il supprimé et remplacé par une cheminée en pisé, dont l'ouverture supérieure peut être fermée par un morceau d'écorce de bouleau. Cette maisonnette, comme la tchioume, est généralement planchéiée; à défaut d'un parquet primitif, le sol est recouvert d'une nappe d'écorce de pin.
Une vingtaine d'indigènes seulement se trouvent à Chekour-Ia; pour le moment, le restant de la population est occupé à la chasse ou à la garde des rennes sur l'Oural et ne reviendra qu'à la fin de l'automne. Chekour-Ia est un village d'hiver. A cette époque, le nombre des habitants s'élève à cent cinquante.
Village de Chekour-Ia.
Par suite des nécessités de la pêche et de la chasse, les indigènes sont obligés à de fréquents déplacements. Pour chaque saison ils ont une habitation dans laquelle tous les ans ils viennent passer un certain temps. L'hiver, ils résident dans des hameaux situés au milieu des forêts, et, le reste de l'année, occupent différentes stations sur les bords des cours d'eau, suivant les besoins de leur industrie.
Pendant que nous visitons leurs maisons, les habitants du village se sont assemblés. Dieu! qu'ils sont laids, ces petits bonshommes déguenillés, jaunis par la fumée et par la crasse, avec cela puant le poisson à 10 mètres à la ronde. Ajoutons, pour les anthropologistes, que la plupart des Ostiaks de la Sygva et de la Sosva sont châtain foncé et ont le système pileux peu développé. Un très petit nombre sont blonds.