D'après les historiens arabes, Bolgar est restée une bourgade, une sorte de station de nomades[7] jusqu'en 1236, époque à laquelle elle fut prise par les Tatars, conduits par Souboudaï Bagadour. Alors commence une période tatare dans l'histoire du pays. Elle ne fut pas dépourvue de prospérité, et de cette époque datent peut-être les édifices dont les ruines subsistent aujourd'hui. A cette date les Bulgares semblent être arrivés à un degré de civilisation supérieur à celui auquel étaient parvenus les Russes. Sous la direction des Arabes ils étaient devenus des architectes habiles et les princes de Sousdalie les appelaient dans leurs États pour y construire des palais et des églises. En 1300 Bolgar fut de nouveau prise par les Tatars. Pour punir les habitants d'avoir oublié les préceptes du Coran, les envahisseurs saccagèrent la ville et massacrèrent en partie la population. Ce fut le coup de grâce; désormais Kazan, fondé au milieu du XIIIe siècle par un neveu de Gengis Khan, allait prendre dans la vallée du Volga la place de Bolgar.
[7] Saveljew, Ueber den Handel der Wolgaischen Bulgaren im neunten und zehnten Jahrhundert. Erman's Archiv, VI.
A quelle race appartenaient ces Bulgares? C'est une question très controversée. D'après certains auteurs, les Bulgares seraient des Finnois; une nombreuse population appartenant à cette race ne se trouve-t-elle pas encore dans le pays; suivant d'autres, ils seraient les ancêtres des Slaves. Les crânes découverts à Bolgar présentent une grande analogie avec ceux des tumuli du gouvernement de Moscou datant du VIIIe au Xe siècle et qui sont attribués aux Slaves[8]. M. Chpilevsky voit au contraire dans les Tatars de Kazan et les Tchouvaches les descendants des Bulgares, les uns avec le caractère plus spécialement turc, les autres avec le caractère plus particulièrement finnois[9].
[8] Maliev.
[9] Rambaud, le Congrès de Kazan, in Revue scientifique, 1879. A cet excellent article nous avons fait de nombreux emprunts pour ce résumé historique.
Profonde a été l'influence exercée par les Bulgares sur les populations finnoises. Ils leur ont appris l'art de construire des maisons, l'agriculture et l'industrie pastorale. Ils ont été les premiers éducateurs des Tchérémisses.
Si les Bulgares ont aujourd'hui disparu, fondus dans les autres races, en revanche très nombreuses sont restées les populations finnoises dans la région du Volga. Leur effectif peut être évalué à 1 500 000, et sur ce nombre 594 000 appartiennent au gouvernement de Kazan. Ces Finnois sont désignés sous le nom de Finnois du Volga, pour les distinguer de ceux de la Baltique et du groupe permien. On les divise en trois races: les Mordvines, les Tchérémisses et les Tchouvaches, ces derniers plus ou moins métissés suivant les régions.
Sur la rive droite du Volga sont établis les Mordva ou Mordvines, dans les gouvernements de Nijni-Novgorod, Penza, Simbirsk et Saratov. Rittich évalue leur nombre à 791 954, Maïnov à 1 148 800. Ils ont été profondément modifiés par l'influence russe. Au témoignage de Maïnov, pas moins de 300 000 Mordvines ont complètement oublié leur langue maternelle et ne parlent plus aujourd'hui que le russe[10].
[10] Ignatius, les Peuples Finno-Ougriens. Journal de la Société de statistique de Paris, 1886, no 2.
Au nord et au nord-est des Mordvines habitent les Tchérémisses. Leur nombre est également assez difficile à fixer, les évaluations présentent des différences de 70 000. Certains documents évaluent le chiffre de ces Finnois à 329 364[11], d'autres à 259 745[12].