Le lendemain, c'est grande réjouissance parmi les indigènes. Moyennant une bonne régalade d'eau-de-vie, les habitants nous ont promis une représentation des danses qu'ils exécutent après la mort de l'ours. De larges distributions ont mis tout le monde de belle humeur.
Une fois rapporté au village, l'ours, nous raconte-t-on, est placé sur un banc, après quoi tous les habitants viennent l'embrasser et déposer sur le cadavre des ornements comme sur une relique vénérée. On passe des anneaux à ses griffes et on lui entre des pièces de monnaie dans les yeux. Après cette cérémonie commencent les danses, exécutées par des hommes la figure couverte d'un masque grossier en écorce de bouleau.
Pas très élégantes, ni très variées ces danses. Un saut rythmé accompagné de mouvements de bras, de véritables contorsions d'aliénés: le lecteur en jugera par la photographie instantanée reproduite pages 258 et 259[165].
[165] Le personnage de droite est le starost, qui, prenant part à la danse en qualité de dilettante, n'avait pas mis le masque.
Les naturels exécutent devant nous plusieurs divertissements chorégraphiques. C'est d'abord la danse de l'homme et du diable. Deux Ostiaks se poursuivent en sautillant, le diable cherchant à saisir l'homme. Après commence la danse du bouleau. Au milieu de la pelouse, un homme qui figure le bouleau se plante immobile, tandis que son acolyte se trémousse en le battant et en essayant de le renverser. A la fin, l'arbre s'anime, le danseur recule étonné, puis tombe dans les bras de son partenaire, en criant: «C'est un homme!» et le divertissement prend fin. C'est l'art de l'enfance. La représentation se termine par la danse des chiffons. Comme dans les exercices précédents, elle ne comporte que deux danseurs, et la seule différence est qu'ils sautent en agitant des châles[166].
[166] Ahlqvist a assisté à une danse de l'ours moins primitive. Elle débuta par un monologue improvisé par un indigène masqué. Le bonhomme exalta son courage et son habileté de chasseur, puis se glorifia d'avoir abattu nombre d'animaux autrement dangereux que celui qu'il venait de tuer. Par des contorsions grotesques il mima ensuite, aux rires de l'assistance, l'attitude du chasseur peureux. Après ce prélude les acteurs représentèrent des scènes de la vie des indigènes.
Pendant la durée de la pantomime, un artiste indigène joue de la dombra, cithare à cinq cordes. Ces pauvres gens ont su inventer des instruments de musique et composer des airs d'une mélancolie profonde!
Danse ostiake.