FUÉGIENS DE LA MISSION DE RIO GRANDE

L'étude des Onas est rendue très difficile par leur vie errante. Extrêmement farouches, dès qu'ils découvrent un groupe de cavaliers dans l'immense horizon des Pampas, ils prennent la fuite après avoir mis en sûreté leurs femmes, leurs enfants et toute leur pacotille; seulement lorsqu'ils ont reconnu les nouveaux arrivants, ils sortent de leurs retraites. A plusieurs reprises, M. Nordenskjöld a passé tout près d'Onas sans jamais réussir à les joindre. Un jour, en pleine forêt, il trouva un feu de bivouac qui venait d'être abandonné, mais, en dépit de ses recherches, il lui fut impossible d'apercevoir les indigènes qui demeuraient cachés dans la brousse voisine. On ne peut observer ces Indiens qu'à l'état de demi-civilisés dans la mission de Rio-Grande, à Punta-Arenas, à Ouchouaya, et dans les estancias où ils sont employés comme domestiques.

FEMME ONA

Les Onas forment une belle race, de haute stature, admirablement proportionnée; leur taille moyenne est de 1m,75. Ils sont donc plus grands que n'importe quel peuple d'Europe. Leur visage agréable est éclairé par de beaux yeux et des dents très blanches, leur peau est foncée, légèrement rougeâtre, blanche même parfois; leur teint ressemble souvent à celui d'Européens brûlés par le soleil. Les Onas n'ont cet aspect qu'à l'état libre; ceux qui vivent dans les établissements des blancs ont, au contraire, la mine déprimée de vaincus de l'existence.

ONA VÊTU DE SON MANTEAU EN PEAU DE GUANACO

Ces Fuégiens tirent toute leur subsistance des produits de la chasse au guanaco. Se déplaçant continuellement en raison des nécessités de cette industrie et ne trouvant dans les plaines qu'ils parcourent aucun matériel de construction, ils gîtent dans des abris formés de broussailles et de quelques peaux tendues dans la direction du vent. Aucune peuplade ne vit dans des conditions aussi misérables, et notez qu'en hiver la température se maintient pendant plusieurs semaines au-dessous de zéro; parfois même elle descend à -15°. En dépit de ce froid rigoureux, les Onas, comme du reste les autres tribus de la Terre de Feu, sont toujours très incomplètement vêtus. Ils sont simplement couverts d'une sorte de manteau, généralement en peau de guanaco, parfois en peau de renard, serré autour de la poitrine, soit par un cordon, soit par une pression du bras. Lorsqu'ils sont accroupis, autour du feu fumeux, dans leurs abris ouverts à tous les vents, ils laissent tomber ce vêtement. Quelque temps qu'il fasse, alors même que la neige couvre le sol, les enfants restent complètement nus. Comme coiffure ils n'ont que leur épaisse chevelure, parfois comme ornement un morceau triangulaire de peau de guanaco.

Autour du cou et des bras toutes les femmes portent des colliers faits de petits os d'oiseaux ou de coquilles, ou encore d'une graine noire. Inutile d'ajouter que, à la Terre de Feu comme partout ailleurs, la verroterie exerce les plus grands attraits sur les filles d'Ève; pour obtenir pareille parure, elles sont disposées à troquer les objets les plus précieux de leur ménage.

Le mobilier des Onas est extrêmement simple. Point de poterie, uniquement des ustensiles en jonc tressé. Pour enflammer le bois, un silex, de l'amadou et un morceau de pyrite. Comme armes, un arc et des flèches dont la pointe est souvent un fragment de pierre; pour la pêche des filets en nerfs de guanaco et pour la capture des oiseaux des pièges très ingénieux faits d'ossements de baleines. La nourriture des indigènes consiste principalement en chair de guanaco et de tuco-tuco; le renard, une espèce de gros rat et les oiseaux d'eau complètent le menu. A basse mer, ils fouillent soigneusement les plages pour s'emparer de poissons cachés sous les pierres. La grande moule bleue est un de leurs aliments de choix. Les Onas sont également végétariens; ils recherchent les graines d'un Sisymbrium, dont ils font des galettes, après les avoir concassées, et mangent un champignon gros comme une cerise (Cyttaria), qui, paraît-il, a un goût excellent, ainsi que les racines et les tiges d'un grand nombre de plantes. Il va sans dire que quand ils trouvent des œufs, ils n'ont garde de les laisser. Leur grand régal est la viande de baleine. Lorsqu'un de ces cétacés échoue sur une plage, c'est ripaille générale; de tous côtés des naturels viennent prendre part au festin. Hélas! pour ces malheureux, pareille aubaine est rare.