[Note 248: ][ (retour) ] «Inter pauca felicitatis virtutisque exempla M. Atilius quondam in hâc eâdem terrâ fuisset, si victor pacem petentibus dedisset patribus nostris. Sed non statuendo tandem felicitati modum, nec cohibendo efferentem se fortunam, quantò altiùs datus erat, eò fœdiùs corruit.» (LIV. lib. 30.)
En second lieu, on reconnaît bien ici la vérité de ce que dit Euripide; qu'un sage conseil vaut mieux que mille bras [249]. Un seul homme, dans cette occasion, change toute la face des affaires. D'un côté, il met en fuite des troupes qui paraissaient invincibles; de l'autre, il rend le courage à une ville et à une armée qu'il avait trouvées dans la consternation et dans le désespoir.
[Note 249: ][ (retour) ] Ὡς ἕν σοφὸν ßοὑλευµα τὰς πολλὰς χεἵρας νικᾅν.
= C'est ainsi que Polybe a cité. Mais le passage de la tragédie d'Antiope (maintenant perdu), cité par Stobée (Serm. LII), et par Plutarque (An seni gerenda sit Resp. p. 790), est conçu de cette manière:
Σόφον γὰρ ἕν ßοὑλευµα τὰς πολλὰς χέρας
Νικᾅ σὺν ὂχλῳ δ' ἀµαθία πλέσν κακόν.
--L.
Voilà, remarque Polybe, l'usage qu'il faut faire de ses lectures; car, y ayant deux voies de profiter et d'apprendre, l'une par sa propre expérience, et l'autre par celle d'autrui, il est bien plus sage et plus utile de s'instruire par les fautes des autres que par les siennes.
App. de bel. punic. p. 2 et 3. Cic. lib. 3, de Off. num. 99 et 100; [Orat. in Pison. c. 19.] Aul. Gel. lib. 6, cap. 4. Senec. ep. 98. AN. M. 3755 ROM. 499. Je reviens à Régulus, pour achever ce qui le regarde, dont il est fâcheux que nous ne trouvions plus rien dans Polybe [250]. Après avoir été retenu quelques années en prison, il fut envoyé à Rome pour y proposer l'échange des prisonniers. On lui avait fait prêter serment de revenir en cas qu'il ne réussît point. Il exposa au sénat le sujet de son voyage. Invité par la compagnie à dire son avis, il répondit qu'il ne pouvait le faire comme sénateur, ayant perdu cette qualité, aussi-bien que celle de citoyen romain, depuis qu'il était tombé entre les mains des ennemis: mais il ne refusa pas de dire, comme particulier, ce qu'il pensait. La conjoncture était délicate. Tout le monde était touché du malheur d'un si grand homme. Il n'avait, dit Cicéron, qu'à prononcer un mot pour recouvrer, avec sa liberté, ses biens, ses dignités, sa femme, ses enfants, sa patrie; mais ce mot lui paraissait contraire à l'honneur et au bien de l'état. Il déclara donc nettement qu'on ne devait point songer à faire l'échange des prisonniers: qu'un tel exemple aurait des suites funestes à la république: que des citoyens qui avaient eu la lâcheté de livrer leurs armes à l'ennemi étaient indignes de compassion, et incapables de servir leur patrie: que, pour lui, à l'âge où il était, on ne devait compter sa perte pour rien; au lieu qu'ils avaient entre leurs mains plusieurs généraux carthaginois dans la vigueur de l'âge, et capables de rendre encore à leur patrie de grands services pendant plusieurs années. Horat. l. 3, od. 5. [v. 13, seq.] Ce ne fut point sans peine que le sénat se rendit à un avis si généreux, et qui était sans exemple. Cet illustre exilé partit donc de Rome pour retourner à Carthage, sans être touché, ni de la vive douleur de ses amis, ni des larmes de sa femme et de ses enfants; et cependant il n'ignorait pas à quels supplices il était réservé. En effet, dès que les ennemis le virent de retour sans avoir obtenu l'échange, il n'y eut point de tourments que leur barbare cruauté ne lui fît souffrir. Ils le tenaient long-temps resserré dans un noir cachot, d'où, après lui avoir coupé les paupières, ils le faisaient sortir tout-à-coup pour l'exposer au soleil le plus vif et le plus ardent. Ils l'enfermèrent ensuite dans une espèce de coffre tout hérissé de pointes, qui ne lui laissaient aucun moment de repos ni jour ni nuit. Enfin, après l'avoir ainsi long-temps tourmenté par une cruelle insomnie, ils l'attachèrent à une croix, qui était un supplice ordinaire chez les Carthaginois, et l'y firent périr. Telle fut la fin de ce grand homme: en lui dérobant quelques jours ou quelques années de vie, elle couvrit ses ennemis d'une honte éternelle.
[Note 250: ][ (retour) ] Ce silence de Polybe est regardé de plusieurs savants comme un préjugé contre une grande partie de ce qu'on rapporte de Régulus, depuis sa prise.
= Voyez à ce sujet une excellente note de Paulmier de Grentesmenil (Exercit. in auct. Græc. p. 151, sq.); il montre assez clairement que le supplice de Régulus est un conte.--L.
Polyb. l. 1 pag. 37. L'échec reçu en Afrique ne découragea point les Romains. Ils firent de plus grands préparatifs que jamais pour réparer cette perte, et mirent en mer, la campagne suivante, trois cent soixante vaisseaux. Les Carthaginois allèrent à leur rencontre avec une flotte de deux cents vaisseaux. Ils furent battus dans le combat qui se donna à la vue de la Sicile, et perdirent cent quatorze vaisseaux, qui furent pris par les Romains. Ceux-ci passèrent en Afrique pour y recueillir le peu de soldats qui avaient échappé à la poursuite des ennemis après la défaite de Régulus, et qui s'étaient défendus avec beaucoup de courage dans Clypea, où on les avait assiégés inutilement.
On est encore ici étonné que les Romains, après une victoire si considérable, et avec une flotte si nombreuse, viennent en Afrique uniquement pour en tirer une petite garnison, au lieu qu'ils auraient pu en tenter la conquête, que Régulus, avec beaucoup moins de troupes, avait presque entièrement achevée.
Polyb. l. 1, pag. 38-40. Les Romains, à leur retour, furent accueillis d'une horrible tempête, qui fit périr presque toute leur flotte. Le même malheur leur arriva encore l'année suivante. Ils se consolèrent de cette double perte par le gain d'une bataille contre Asdrubal, où ils prirent près de cent Pag. 41 et 42. quarante éléphants [251]. Quand cette nouvelle fut portée à Rome, elle y répandit une grande joie, non-seulement parce que la perte des éléphants avait extrêmement diminué les forces de l'ennemi, mais sur-tout parce qu'elle avait rendu le courage aux troupes de terre, qui, depuis la défaite de Régulus, n'avaient osé tenter aucun combat, tant la crainte de ces redoutables animaux avait saisi généralement tous les esprits. On crut donc qu'il fallait faire de plus grands efforts que jamais pour mettre fin, s'il se pouvait, à une guerre qui durait depuis quatorze ans. Les deux consuls partirent avec une flotte de deux cents vaisseaux, et, étant arrivés en Sicile, ils formèrent le hardi dessein d'attaquer Lilybée. C'était la plus forte place qu'eussent les Carthaginois, dont la perte devait entraîner après elle celle de tout ce qui leur restait dans l'île, et laisser aux Romains un libre passage en Afrique.
[Note 251: ][ (retour) ] Polybe ne parle que de dix éléphants pris avec leurs conducteurs. Diodore de Sicile en porte le nombre à 60 (lib. XXIII, eclog. xiv.)--L.