Ezech. 21. 19-23. Arrivé avec son armée à la tête de deux chemins, dont l'un conduit à Jérusalem, l'autre à Rabbath, capitale des Ammonites, ce prince, incertain et flottant, délibère lequel il prendra, et jette le sort: Dieu le fait tomber sur Jérusalem, pour accomplir les menaces qu'il avait faites à cette ville de la détruire, de brûler le temple, et d'emmener son peuple en captivité.

Ezech. cap. 26, 27 et 28. Des raisons seules de politique semblaient déterminer ce conquérant au siége de Tyr, pour ne pas laisser derrière soi une ville si puissante et si bien fortifiée. Mais le siége de cette place était ordonné par une volonté supérieure. Dieu voulait d'un côté humilier l'orgueil d'Ithobal son roi, qui, se croyant plus éclairé que Daniel dont la réputation était répandue dans tout l'Orient, n'attribuant qu'à sa rare prudence l'étendue de son domaine et la grandeur de ses richesses, se considérait en lui-même comme un dieu; de l'autre, il voulait aussi punir le luxe, les délices, l'arrogance de ces fiers négociants, qui se regardaient comme les princes de la mer et les maîtres des rois mêmes; et sur-tout cette joie inhumaine de Tyr qui lui faisait trouver son agrandissement dans les ruines de Jérusalem sa rivale. C'est par ces motifs que Dieu lui-même conduisit Nabuchodonosor à Tyr, lui faisant exécuter ses ordres sans qu'il les connût: IDCIRCO ecce EGO ADDUCAM ad Tyrum Nabuchodonosor.

Ezech. 29, 18-10. Pour récompenser ce prince, qu'il tenait à sa solde, du service qu'il vient de lui rendre à la prise de Tyr (c'est Dieu lui-même qui s'exprime ainsi), et pour dédommager les troupes babyloniennes, épuisées par un siége de treize ans, il leur donne toutes les contrées de l'Égypte, comme des quartiers de rafraîchissement, et leur en abandonne les richesses et les dépouilles [10].

[Note 10: ][ (retour) ] Ce fait est plus détaillé dans l'histoire des Égyptiens sous le règne d'Amasis. [p. 133.]

Dan. c. 4, vers. 1-34. Le même Nabuchodonosor, plein du desir d'immortaliser son nom par toutes sortes de voies, voulut ajouter à la gloire des conquêtes celle de la magnificence, en embellissant la capitale de son empire par de superbes bâtiments, et par les ornements les plus somptueux; mais pendant qu'une cour flatteuse, qu'il comblait de richesses et d'honneurs, fait retentir par-tout ses louanges [11], il se forme un sénat auguste des esprits surveillants, qui pèse dans la balance de la vérité les actions des Princes, et prononce sur leur sort des arrêts sans appel. Le roi de Babylone est cité à ce tribunal, où préside le Juge souverain, qui réunit une vigilance à qui rien n'échappe, et une sainteté qui ne peut rien souffrir contre l'ordre: vigil et sanctus. Toutes ses actions, qui faisaient l'objet de l'admiration publique, y sont examinées à la rigueur; et l'on fouille jusqu'au fond de son cœur pour en découvrir les pensées les plus cachées. Où se terminera ce redoutable appareil? Dans le moment même où Nabuchodonosor, se promenant dans son palais, et repassant avec une secrète complaisance ses exploits, sa grandeur, sa magnificence, se disait à lui-même: N'est-ce pas là cette grande Babylone dont j'ai fait le siége de mon royaume, que j'ai bâtie dans la grandeur de ma puissance et dans l'éclat de ma gloire? c'est dans ce moment précis, où, se flattant de ne tenir que de lui seul sa puissance et son royaume, il usurpait la place de Dieu, qu'une voix du ciel lui signifie sa sentence, et lui déclare que son royaume va lui être enlevé, qu'il sera chassé de la compagnie des hommes, et réduit à la condition des bêtes, jusqu'à ce qu'il reconnaisse que le Très-Haut a un pouvoir absolu sur les royaumes des hommes, et qu'il les donne à qui il lui plaît.

[Note 11: ][ (retour) ] «In sententia vigilum decretum est, et sermo sanctorum et petitio, etc.» (DAN. 4, 14.)

Ce tribunal, toujours subsistant quoique invisible, a prononcé le même jugement sur ces fameux conquérants, sur ces héros du paganisme, qui se regardaient, aussi-bien que Nabuchodonosor, comme les seuls artisans de leur haute fortune, comme indépendants de toute autre autorité, et comme ne relevant que d'eux-mêmes.

Cyrus. Si Dieu faisait servir des Princes à l'exécution de ses vengeances, il en a rendu d'autres les ministres de sa bonté. Il destine Cyrus à être le libérateur de son peuple, et, pour le mettre en état de soutenir dignement un si noble ministère, il le remplit de toutes les qualités qui forment les grands capitaines et les grands princes, et lui fait donner cette excellente éducation que les païens ont tant admirée, mais dont ils ne connaissaient point l'auteur ni la véritable cause.

On voit dans les historiens profanes l'étendue et la rapidité de ses conquêtes, l'intrépidité de son courage, la sagesse de ses vues et de ses desseins, sa grandeur d'ame, sa noble générosité, son affection véritablement paternelle pour les peuples, et, du côté des peuples, un retour d'amour et de tendresse qui le leur faisait regarder moins comme leur maître que comme leur protecteur et leur père. On voit tout cela dans les historiens profanes; mais on n'y voit point le principe secret de toutes ces grandes qualités, ni le ressort caché qui les mettait en mouvement.