Isaïe nous le montre, et s'explique en des termes dignes de la grandeur et de la majesté du Dieu qui le faisait parler [12]. Il le représente, ce Dieu des armées tout-puissant, qui prend Cyrus par la main, qui marche devant lui, qui le conduit de ville en ville et de province en province, qui lui assujettit les nations, qui humilie en sa présence les grands de la terre, qui brise pour lui les portes d'airain, qui fait tomber les murs et les remparts des villes, et lui en abandonne toutes les richesses et tous les trésors.

[Note 12: ][ (retour) ] «Hæc dicit Dominus christo meo Cyro, cujus apprehendi dexteram, ut subjiciam ante faciem ejus gentes, et dorsa regum vertam, et aperiam coram eo januas, et portæ non claudentur. Ego ante te ibo, et gloriosos terræ humiliabo: portas æreas conteram, et vectes ferreos confringam. Et dabo tibi thesauros absconditos, et arcana secretorum; ut scias quia ego Dominus, qui voco nomen tuum, Deus Israël.» (ISAÏ. 45, 1-3.)

Isaï. 45, 13 et 4. Le Prophète ne nous laisse pas même ignorer les motifs de toutes ces merveilles. C'est pour punir Babylone et pour affranchir Juda que Dieu conduit Cyrus pas à pas, et qu'il fait réussir toutes ses entreprises: Ego suscitavi eum ad justitiam, et omnes vias ejus dirigam.......propter servum meum Jacob, et Israel electum meum. Mais ce prince aveugle et ingrat ne connaît point son maître, et oublie son bienfaiteur. Isaï. 45, 4, 5. Vocavi te nomine tuo, et non cognovisti me: accinxi te, et non cognovisti me.

Belle image de la royauté. Il est rare qu'on juge sainement de la vraie gloire et des devoirs essentiels de la royauté. Il n'appartient qu'à l'Écriture de nous en donner une juste idée; et elle le fait d'une manière admirable dans Dan. 4, 7-9. un arbre grand et fort, dont la hauteur monte jusqu'au ciel, et qui paraît s'étendre jusqu'aux extrémités de la terre. Couvert de feuilles et chargé de fruits, il fait l'ornement et le bonheur de la campagne. Il fournit une ombre agréable et une retraite assurée à tous les animaux; les bêtes privées et les bêtes sauvages demeurent dessous, les oiseaux du ciel habitent sur ses branches, et tout ce qui a vie trouve de quoi s'y nourrir.

Est-il une idée plus juste et plus instructive de la royauté, dont la véritable grandeur et la solide gloire ne consistent point dans cet éclat, cette pompe, cette magnificence qui l'environnent, ni dans ces respects et ces hommages extérieurs qui lui sont rendus par les sujets, et qui lui sont dus, mais dans les services réels et les avantages effectifs qu'elle procure aux peuples, dont elle est, par sa nature et par son institution, le soutien, la défense, la sûreté, l'asyle; en un mot, source féconde de toutes sortes de biens, sur-tout par rapport aux petits et aux faibles, qui doivent trouver sous son ombre et sous sa protection une paix et une tranquillité que rien ne puisse troubler, pendant que le prince lui-même sacrifie son repos et essuie seul les orages et les tempêtes dont il met les autres à l'abri?

Il me semble voir, à la religion près, la réalité de cette noble image et l'exécution de ce beau plan dans le gouvernement de Cyrus, dont Xénophon nous trace le portrait dans sa belle préface de l'histoire de ce prince. Il y a fait le dénombrement d'un grand nombre de peuples, séparés les uns des autres par de vastes espaces, et encore plus par la diversité des mœurs, des coutumes, du langage, mais réunis tous ensemble par les mêmes sentiments d'estime, de respect et d'amour pour un prince [13] dont ils auraient souhaité que le gouvernement eût pu durer toujours, tant ils se trouvaient heureux et tranquilles sous son empire.

[Note 13: ][ (retour) ] Ἐδυνήθη [δέ] έπιθυµίαν έµßαλεἴν τοσαύτην τοῦ πάντας αủτῳ χαρίζεσθαι ὤστε άεί τᾕ αủτοῦ γνώµῃ ἀξιοῦν κυßερνᾶσθαι. [Cyrop. I. 5]

Juste idée des anciens conquérants. A ce gouvernement si aimable et si salutaire opposons l'idée que la même Écriture nous donne de ces empires et de ces conquérants si vantés dans l'antiquité, qui, au lieu de ne se proposer pour fin que le bien public, n'ont suivi que les vues particulières de leur intérêt et de leur ambition. Dan. cap. 7. Le Saint-Esprit les représente sous les symboles de monstres nés de l'agitation de la mer, du trouble, de la confusion, du choc des vagues; et sous l'image de bêtes cruelles et féroces, qui répandent partout la terreur et la désolation, et qui ne se nourrissent que de meurtres et de carnage; ours, lions, tigres, léopards. Quel tableau! Quelle peinture!

C'est néanmoins de ces modèles funestes que l'on emprunte souvent les règles de l'éducation qu'on donne aux enfants des grands; c'est à ces ravageurs de provinces, à ces fléaux du genre humain, qu'on se propose de les faire ressembler. En excitant en eux des sentiments d'une ambition démesurée et l'amour d'une fausse gloire, on en forme, selon l'expression de l'Écriture, de jeunes lionceaux, que l'on accoutume de bonne heure et que l'on dresse de Ezech. 19, 2-7. loin à piller, à dévorer les hommes, à faire des veuves et des malheureux, à dépeupler les villes. MATER LEÆNA in medio leunculorum ENUTRIVIT catulos suos..... DIDICIT prædam capere, et homines devorare.... DIDICIT viduas facere, et civitates in desertum adducere. Et quand avec l'âge ce lionceau est devenu lion, Dieu nous avertit que le bruit de ses exploits et la renommée de ses victoires n'est qu'un affreux rugissement qui porte partout l'effroi et la désolation. Et leo factus est, et desolata est terra et plenitudo ejus a voce rugitûs illius.

Les exemples dont j'ai fait mention jusqu'ici, tirés de l'histoire des Égyptiens, des Assyriens, des Babyloniens, des Perses, prouvent suffisamment le souverain domaine que Dieu exerce sur tous les empires, et le rapport qu'il lui a plu de mettre entre les autres peuples de la terre et celui qu'il s'est attaché en particulier. La même vérité paraît encore aussi clairement sous les rois de Syrie et d'Égypte, successeurs d'Alexandre-le-Grand, avec l'histoire desquels on sait que celle du peuple de Dieu a une liaison particulière sous les Machabées.