[Note 62: ][ (retour) ] C'est ce que les anciens appelaient les vents étésiens ou annuels. Thalès croyait même que ces vents, qui soufflaient en sens inverse du courant du Nil, étaient la seule cause de l'inondation. (DIOD. SIC. I, § 38; DIOGEN. LAERT. I, § 37; SENEC., Quæst. Nat. IV, 2, § 21.)--L.
Multiformis sapientia.
Eph. 3, 10. La même Providence, riche et inépuisable en ressources et en merveilles, qu'elle sait varier à l'infini, éclatait d'une manière toute différente dans la Palestine, en la rendant extrêmement fertile, non par les pluies qui tombent pendant le cours de l'année, comme cela est ordinaire ailleurs; non par une inondation particulière, comme celle du Nil en Égypte; mais par des pluies fixes, qu'elle envoyait régulièrement aux deux saisons quand son peuple lui était fidèle, afin de lui faire mieux sentir la dépendance continuelle où il était de son maître. C'est Dieu lui-même qui lui commande Deuter. 11, 10-13. par la bouche de Moïse de faire cette réflexion: «La terre dont vous allez prendre possession n'est pas comme la terre d'Égypte d'où vous êtes sortis, où, après que l'on a jeté la semence, on fait venir l'eau par des canaux pour l'arroser, comme on fait dans les jardins: mais c'est une terre de montagnes et de plaines, qui attend les pluies du ciel, que le Seigneur votre Dieu regarde toujours, et sur laquelle il tient ses yeux arrêtés depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin.» Après cela Dieu s'engage de donner à ce peuple, tant qu'il lui sera fidèle, la pluie des deux saisons, temporaneam et serotinam: la première dans l'automne, nécessaire pour faire lever les blés; la seconde dans le printemps et l'été, nécessaire pour les faire croître et mûrir.
Double spectacle causé par le Nil.
Rien n'est si beau à voir que l'Égypte dans deux saisons de l'année [63]; car, si l'on monte sur quelque montagne, ou sur les grandes pyramides du Caire, vers les mois de juillet et d'août, on voit une vaste mer, sur laquelle il s'élève une infinité de villes et de villages, avec plusieurs chaussées qui conduisent d'un lieu à un autre; le tout entre-mêlé de bosquets et d'arbres fruitiers dont on ne voit que les têtes, ce qui fait un coup-d'œil charmant. Cette perspective est bornée par des montagnes et des bois qui, dans l'éloignement, terminent le plus agréable horizon qu'on puisse voir. En hiver, au contraire, c'est-à-dire vers les mois de janvier et de février, toute la campagne ressemble à une belle prairie, dont la verdure émaillée de fleurs charme les yeux. On voit de tous côtés des troupeaux répandus dans la plaine, avec une infinité de laboureurs et de jardiniers. L'air est alors embaumé par la grande quantité de fleurs que fournissent les orangers, les citronniers, et les autres arbres; et il est si pur, qu'on n'en saurait respirer ni de plus sain, ni de plus agréable: en sorte que la nature, qui est alors comme morte dans un grand nombre de climats, semble presque n'avoir de vie que pour un séjour si charmant.
[Note 63: ][ (retour) ] «Illa faciès pulcherrima est, quum jam se in agros Nilus ingessit. Latent campi, opertæque sunt valles: oppida insularum modo exstant. Nullum in mediterraneis, nisi per navigia, commercium est: majorque est lætitia in gentibus, quò minus terrarum suarum vident.» (SENEC., Natur. Quæstion., lit. 4, cap. 2 § 11).
Canal de communication entre les deux mers par le Nil.
Herod. l. 2, cap. 158. Strab. l. 17, pag. 804. Plin. lib. 16, cap. 29. Diod. lib. 1, pag. 29. Le canal qui faisait la communication des deux mers, savoir de la mer Rouge et de la Méditerranée, doit trouver ici sa place, et n'est pas un des moindres avantages que le Nil procurait à l'Égypte. Sésostris, ou, selon d'autres, Psammitichus, fut le premier qui en forma le dessein, et qui commença l'ouvrage [64]. Néchao, successeur du dernier, y employa des sommes immenses et un grand nombre de troupes. On dit que plus de six-vingt mille Égyptiens périrent dans cette entreprise. Il l'abandonna, effrayé par un oracle qui lui avait répondu que c'était ouvrir aux étrangers un chemin dans l'Égypte. L'entreprise fut recommencée par Darius, premier de ce nom; mais il la quitta aussi, parce qu'on lui dit que la mer Rouge, étant plus haute que l'Égypte, inonderait tout le pays [65]. Enfin elle fut achevée sous les Ptolémées, qui, par le moyen des écluses, tenaient le canal ouvert ou fermé selon leurs besoins. Il commençait assez près du Delta [66], vers la ville de Bubaste. Il avait de largeur cent coudées [67], c'est-à-dire vingt-cinq toises, de sorte que deux bâtiments pouvaient y passer à l'aise; de profondeur, autant qu'il en faut pour porter les plus grands vaisseaux [68]; et de longueur, plus de mille stades, c'est-à-dire plus de cinquante lieues [69]. Ce canal était d'une grande utilité pour le commerce. Aujourd'hui il est presque entièrement comblé, et à peine en reste-t-il quelque vestige [70].
[Note 64: ][ (retour) ] Je ne crois pas qu'aucun auteur dise que Psammitichus ait commencé ce canal. Cette erreur légère de Rollin me paraît tenir à une fausse traduction de ce passage de Strabon: οἱ δὲ ὑπὸ τοῦ Ψαµµιτίχου παιδός que les versions latines rendent par a Psammiticho filio, tandis que le sens est a Psammitichi filio (par le fils de Psammitique), ce qui désigne Nécheo, fils et successeur de Psammitichus.
Quant à Sésostris, Strabon dit en effet que ce prince eut la première idée du canal; mais c'est dans un endroit différent de celui que Rollin a cité: c'est au livre premier (pag. 38), et Strabon n'a fait que copier Aristote (Meteorol. I, c. 14.)--L.
[Note 65: ][ (retour) ] Les travaux des modernes prouvent que cette opinion des anciens était bien fondée. Il résulte des opérations de nivellement faites par les ingénieurs français entre le fond de la mer Rouge et la Méditerranée, à Péluse, que la différence de niveau des deux mers peut aller à 30 pieds 6 pouces (9 mètres 907). Le niveau des hautes eaux du Nil, au Caire, surpasse celui des hautes eaux de la mer Rouge, de 9 pieds 1 pouce; et celui des basses eaux, de 14 pieds 7 pouces: mais le niveau des basses eaux du Nil est surpassé de 8 pieds 6 pouces par les basses eaux de la mer Rouge, et de 14 pieds 2 pouces par les hautes eaux de cette mer.
C'est cette différence de niveau qui rendit nécessaire l'établissement d'une espèce de sas fermé par des écluses, à l'embouchure du canal dans la mer Rouge.--L.
[Note 66: ][ (retour) ] Il commençait au Delta même; puisque Bubaste, dont les ruines subsistent encore à Tell-Bastah, était située sur la branche Pélusiaque, à environ 50,000 mètres au-dessous du sommet du Delta.
Ce canal suivait la vallée de l'Ouadi, et allait aboutir à un bassin, appelé parles anciens lacs amers (VI, 29; STRAB. XVII, p. 804); de ce bassin, il se prolongeait jusqu'à Clysma ou Clisma, lieu situé sur la mer Rouge, près d'Héroopolis, et dont le nom me semble venir du mot Κλεῖσµα, qui a pu désigner le barrage fermant le canal à son extrémité.--L.