Lib. i, p. 30, et lib. 5. pag. 313. [cf. Vitruv., x. 11; Philon. Jud. p. 325;
D. Strab. 17, p. 807-819.] Mais comme, malgré tous ces canaux, il reste encore bien des terres dans des lieux élevés, qui ne peuvent point avoir part à l'inondation du Nil, on y a pourvu par le moyen des pompes en forme de vis, qu'on fait tourner par des bœufs pour faire entrer l'eau dans des tuyaux qui la conduisent dans ces terres. Diodore parle d'une pareille machine, inventée par Archimède dans le voyage qu'il fit en Égypte, et qu'on appelle cochlia ægyptia.
Fécondité causée par le Nil.
Il n'y a point de pays dans le monde où la terre soit plus féconde qu'en Égypte; et c'est au Nil qu'elle doit sa fécondité [61]. Car, au lieu que les autres fleuves emportent le suc des terres et les épuisent en les inondant, celui-ci, au contraire, par un heureux limon qu'il traîne avec lui, les engraisse et les fertilise de telle sorte, qu'il suffit pour réparer les forces que la moisson précédente leur a fait perdre. Le laboureur, dans ce pays-là, ne se fatigue point à tracer avec le soc de la charrue de pénibles sillons, ni à rompre les mottes de terre. Dès que le Nil est retiré, il n'a qu'à retourner la terre, en y mêlant un peu de sable pour en diminuer la force; après quoi il la sème sans peine, et presque sans frais. Deux mois après, elle est couverte de toutes sortes de grains et de légumes. On sème ordinairement dans les mois d'octobre et de novembre, à mesure que les eaux se sont écoulées, et on fait la moisson dans les mois de mars et d'avril.
[Note 61: ][ (retour) ] «Quum cæteri amnes abluant terras et eviscerent, Nilus adeò nihil exedit, nec abradit, ut contrà adjiciat vires.... Ita juvat agros duabus ex causis, et quòd inundat, et quòd oblimat.» SENEC. Nat. Quæst., l. 4, c. 2 [§ 10].
Une même terre porte dans une même année trois ou quatre sortes de fruits différents. On y sème des laitues et des concombres, ensuite du blé; et, après la moisson, différents légumes qui sont particuliers à l'Égypte. Comme la chaleur du soleil y est extrême, et la pluie très-rare, on conçoit aisément que l'humidité de la terre serait bientôt desséchée, les grains et les légumes brûlés par une ardeur si vive, sans le secours des canaux et des réservoirs dont l'Égypte est toute remplie, et qui, par les saignées et les coupures que l'on a eu soin d'y faire, fournissent abondamment de quoi humecter et rafraîchir les campagnes et les jardins.
Le Nil ne contribue pas moins à la nourriture des bestiaux, qui sont une autre source de richesses pour l'Égypte. On commence à les mettre au vert au mois de novembre, ce qui dure jusqu'à la fin de mars. On ne peut exprimer combien les pâturages sont abondants, et combien les troupeaux, à qui la douceur de l'air permet d'y demeurer nuit et jour, s'engraissent en peu de temps. Pendant l'inondation du Nil, on leur donne du foin, de la paille hachée, de l'orge, des fèves: c'est là leur nourriture ordinaire.
Tome 2. On ne peut s'empêcher, dit Corneille Le Bruyn dans ses Voyages, de remarquer ici l'admirable conduite de Dieu, qui envoie dans un temps précis des pluies dans l'Éthiopie, afin d'humecter l'Égypte, où il ne pleut presque point, et qui, par ce moyen, du terrain le plus sec et le plus sablonneux, en fait le pays le plus gras et le plus fertile qu'il y ait dans l'univers.
Une autre chose qu'on doit encore ici remarquer, c'est que, selon le témoignage des habitants, au commencement de juin et les quatre mois suivants, les vents du nord-est soufflent régulièrement [62], afin de repousser l'eau, qui s'écoulerait trop tôt, et pour l'empêcher de se décharger dans la mer, dont ils lui ferment pour ainsi dire l'entrée. Les anciens n'ont pas omis cette circonstance.