[Note 57: ][ (retour) ] Nous lisons dans Plutarque (de Isid. et Osirid., pag. 368, B), et dans Aristide (tom. II, pag. 361, éd. Gebb.), que l'inondation était de 28 coudées (grecques) à Éléphantine, de 21 à Coptos, de 14 à Memphis, de 7 à Mendès.--L.
Diod. lib. 1, pag. 35. Comme la richesse de l'Égypte dépendait des débordements du Nil, on en avait étudié avec soin toutes les circonstances et les différents degrés de ses accroissements; et par une longue suite d'observations régulières qu'on avait faites pendant plusieurs années, l'inondation même faisait connaître quelle devait être la récolte de l'année suivante. Les rois avaient fait placer à Memphis une mesure où ces différents accroissements étaient marqués; Lib. 17, pag. 817. et de là on en donnait avis à tout le reste de l'Égypte, qui par ce moyen était avertie de ce qu'elle avait à craindre ou à espérer pour la moisson. Strabon parle d'un puits bâti sur le bord du Nil, près de la ville de Syène, pour le même usage [58].
[Note 58: ][ (retour) ] Ce nilomètre est placé par Strabon dans l'île d'Éléphantine. Il subsiste encore. On a trouvé sur les parois l'échelle métrique qui indiquait en coudées la hauteur des eaux. C'est le module de cette coudée dont je me sers pour l'évaluation des mesures égyptiennes.--L.
Encore aujourd'hui au grand Caire la même coutume s'observe. Il y a dans la cour d'une mosquée une colonne où l'on marque les degrés de l'accroissement du Nil, et chaque jour des crieurs publics annoncent dans tous les quartiers de la ville de combien il est cru [59]. Le tribut que l'on paie au grand-seigneur pour les terres est réglé sur l'inondation. Le jour qu'elle est parvenue à un certain degré, il se fait dans la ville une fête extraordinaire, accompagnée de festins, de feux d'artifice, et de toutes les marques publiques de réjouissance; et, dans les temps les plus reculés, l'inondation du Nil a toujours causé une joie universelle dans toute l'Égypte, dont elle faisait le bonheur.
[Note 59: ][ (retour) ] Il s'agit ici du Mékyaz, situé à l'extrémité méridionale de l'île de Roudah, vis-à-vis le Caire. Ce nilomètre fut construit, vers 847 de notre ère, par le calife El-Mozouatel. La pièce principale consiste en une colonne de marbre blanc, érigée au milieu d'un réservoir quadrangulaire qui communique par un canal avec le Nil. Cette colonne est divisée, depuis sa base jusqu'à son chapiteau, en seize coudées de 24 doigts, ayant chacune 0 mètre 541 millimèt. de longueur.--L.
Socrat. l. 1, cap. 18.
Sozam. l. 5, cap. 3. Les païens attribuaient à leur dieu Sérapis l'inondation du Nil; et la colonne qui servait à en marquer l'accroissement était gardée religieusement dans le temple de cette idole. L'empereur Constantin l'ayant fait transporter dans l'église d'Alexandrie, ils publièrent que le Nil ne monterait plus, à cause de la colère de Sérapis; mais il déborda et s'accrut à l'ordinaire les années suivantes. Julien-l'Apostat, protecteur zélé de l'idolâtrie, fit remettre cette colonne dans le même temple, d'où elle fut encore retirée par l'ordre de Théodose.
Canaux du Nil. Pompes.
La providence divine, en donnant un fleuve si bienfaisant à l'Égypte, n'a pas prétendu que ses habitants demeurassent oisifs, ni qu'ils profitassent d'une si grande faveur sans se donner aucune peine. On comprend sans peine que, le Nil ne pouvant pas de lui-même couvrir toutes les campagnes, il a fallu faire de grands travaux pour faciliter l'inondation des terres, et pratiquer une infinité de canaux pour porter les eaux de tous côtés. Les villages, qui sont en fort grand nombre sur les bords du Nil, dans des lieux élevés, ont chacun des canaux qu'on ouvre à propos pour faire couler l'eau dans la campagne. Les villages plus éloignés en ont ménagé d'autres jusqu'aux extrémités de ce royaume. Ainsi les eaux sont conduites successivement dans les lieux les plus reculés. Il n'est pas permis de couper les tranchées pour y recevoir les eaux, jusqu'à ce que le fleuve soit à une certaine hauteur, ni de les ouvrir toutes ensemble, parce qu'il y aurait en ce cas-là des terres qui seraient trop inondées, et d'autres qui ne le seraient pas assez. On commence par les ouvrir dans la haute Égypte, ensuite dans la basse, et cela suivant un tarif dont on observe exactement toutes les mesures. Par ce moyen, on ménage l'eau avec tant de précaution, qu'elle se répand dans toutes les terres. Les pays que le Nil inonde sont si vastes et si profonds, et le nombre des canaux si grand, que de toutes les eaux qui entrent en Égypte aux mois de juin, de juillet et d'août, on croit qu'il n'en arrive pas la dixième partie dans la mer [60].
[Note 60: ][ (retour) ] Pour bien entendre le système d'irrigation de l'Égypte, il faut remarquer que ces canaux sont dérivés de différents points du Nil, sur l'une et l'autre de ses rives, et qu'ils en portent les eaux jusqu'au pied des collines qui séparent la vallée de l'Égypte, du désert: de distance en distance, à partir de cette limite, chaque canal d'irrigation est barré par des digues transversales qui coupent obliquement la vallée, en s'appuyant sur le fleuve. Les eaux que le canal conduit contre l'une de ces digues s'élèvent jusqu'à ce qu'elles aient atteint le niveau du Nil, au point d'où elles ont été tirées. Ainsi tout l'espace compris, dans la vallée, entre la prise d'eau et la digue transversale, forme, pendant l'inondation, un étang plus ou moins étendu. Lorsque cet espace est suffisamment submergé, on ouvre la digue contre laquelle l'inondation s'appuie: les eaux se déversent alors dans le prolongement du canal au-dessous de cette digue; et elles sont arrêtées à quelque distance par un second barrage, contre lequel elles sont obligées de s'élever de nouveau pour inonder l'espace renfermé entre cette digue et la première.
La vallée de l'Égypte présente donc, lors de l'inondation, une suite de petits lacs disposés par échelons les uns au-dessous des autres, de manière que la pente du fleuve, entre deux points donnés, se trouve, sur les deux rives, distribuée par gradins. (GIRARD, sur l'exhaussement du sol de l'Égypte, pag. 10.)