Quatre cent mille soldats [105] que l'Égypte entretenait Herod. l. 2, c. 164-168. continuellement étaient ceux de ses citoyens qu'elle exerçait avec le plus de soin. On les préparait aux fatigues de la guerre par une éducation mâle et robuste. Il y a un art de former les corps aussi-bien que les esprits. Cet art, que notre nonchalance nous a fait perdre, était bien connu des anciens, et l'Égypte l'avait trouvé. La course à pied, la course à cheval, la course dans les chariots, se faisaient en Égypte avec une adresse admirable; et il n'y avait point dans tout l'univers de Cant. 1, 8, Isai. 36, 9. meilleurs hommes de cheval que les Égyptiens. L'Écriture vante en plusieurs endroits leur cavalerie.

[Note 102: ][ (retour) ] L'aroure, selon Hérodote (II, 168), et Philon (Opp., p. 224, 225), était un carré de 100 coudées (52 mètres 7) de côté, conséquemment de 10,000 coudées de surface, c'est-à-dire de 27 ares 77 centiares (ou 54 perches de l'arpent de Paris).--L.

[Note 103: ][ (retour) ] Ceci n'est point exact. Ces fournitures, selon Hérodote (II, § 168), n'avaient lieu que pour les 2,000 soldats auxquels tous les ans on confiait la garde du roi: elles ne leur étaient faites que pendant leur service.--L.

[Note 104: ][ (retour) ] Le texte porte: quatre arustères de vin. L'arustère, selon Hésychius, est égale au cotyle; et le cotyle, selon Paucton, vaut 0,24 de la pinte de Paris: les 4 arustères reviennent donc à 0,96 d'une pinte.--L.

[Note 105: ][ (retour) ] Hérodote dit 410,000 (II, 165, 166).--L.

Les lois de la milice se conservaient aisément parmi eux, parce que les pères les apprenaient à leurs enfants; car la profession de la guerre passait de père en fils comme les autres. [Herod. 2, § 166.]On attachait seulement une note d'infamie à ceux qui prenaient la fuite dans le combat, Diod. p. 70. ou qui faisaient paraître de la lâcheté, parce qu'on aimait mieux les retenir par un motif d'honneur que par la crainte du châtiment.

Je ne veux pas dire pourtant que l'Égypte ait été guerrière. On a beau avoir des troupes réglées et entretenues, on a beau les exercer à l'ombre dans les travaux militaires et parmi les images des combats, il n'y a jamais que la guerre et les combats effectifs qui fassent les hommes guerriers. L'Égypte aimait la paix parce qu'elle aimait la justice, et n'avait de soldats que pour sa défense. Contente de son pays, où tout abondait, elle ne songeait point à faire des conquêtes. Elle s'étendait d'une autre sorte, en envoyant ses colonies par toute la terre, et avec elles la politesse et les lois. Elle régnait par la sagesse de ses conseils et par la supériorité de ses connaissances; et cet empire d'esprit lui parut plus noble et plus glorieux que celui qu'on établit par les armes. Elle a cependant formé d'illustres conquérants; et nous en parlerons dans la suite, quand nous traiterons de l'histoire de ses rois.


CHAPITRE IV.