[Note 101: ][ (retour) ] Diodore de Sicile (I, § 92), d'où ceci est tiré, ne parle point d'accusateur public; il dit: La loi permettait à qui le voulait de venir l'accuser.--L.

Ce qu'il y avait de plus étonnant dans cette enquête publique établie contre les morts, c'est que le trône même n'en mettait pas à couvert. Les rois étaient épargnés pendant leur vie, le repos public le voulait ainsi; mais ils n'étaient pas exempts du jugement qu'il fallait subir après la mort, et quelques-uns ont été privés de la sépulture. Il se passait quelque chose de semblable chez les Israélites. Nous voyons dans l'Écriture que les méchants rois n'étaient point ensevelis dans les tombeaux de leurs ancêtres. Par là ils apprenaient que, si leur majesté les met pendant leur vie au-dessus des jugements humains, ils y reviennent enfin quand la mort les a égalés aux autres hommes.

Lors donc que le jugement qui avait été prononcé se trouvait favorable au mort, on procédait aux cérémonies de l'inhumation. On faisait son panégyrique, mais sans y rien mêler de sa naissance; toute l'Égypte était censée noble. On ne comptait pour louanges solides et véritables, que celles qui étaient rendues au mérite personnel du mort. On le louait de ce que, dans sa jeunesse, il avait eu une excellente éducation, et de ce que, dans un âge plus avancé, il avait cultivé la piété à l'égard des dieux, la justice envers les hommes, la douceur, la modestie, la retenue, et toutes les autres vertus qui font l'homme de bien. Alors tout le peuple applaudissait, et donnait aussi des louanges magnifiques au mort, comme devant être associé pour toujours à la compagnie des hommes vertueux dans le royaume de Pluton.

En finissant l'article qui regarde les cérémonies des funérailles, il n'est pas hors de propos de faire remarquer aux jeunes gens les manières différentes dont en usaient les anciens à l'égard des corps morts. Les uns, comme nous l'avons déjà dit des Égyptiens, après les avoir embaumés, les exposaient en vue, et en conservaient le spectacle. D'autres les brûlaient sur un bûcher; et cette coutume était en usage chez les Romains. D'autres enfin les déposaient dans la terre.

Le soin de conserver les corps sans les cacher dans les tombeaux paraît injurieux à l'humanité en général, et aux personnes en particulier que l'on prétend ainsi respecter; parce qu'il rend leur humiliation et leur difformité visibles, et, quelque soin qu'on en puisse prendre, n'offre aux spectateurs que de tristes et d'affreux restes de leurs visages. La coutume de brûler les morts a quelque chose de cruel et de barbare, en se hâtant de détruire ce qui reste des personnes les plus chères. Celle d'enterrer les morts est certainement la plus ancienne et la plus religieuse. Elle remet à la terre ce qui en a été tiré, et nous prépare à croire que le corps, qui en a été formé une première fois, pourra bien en être tiré une seconde.


CHAPITRE III.

DES SOLDATS ET DE LA GUERRE.

[Herod. 2, c. 168.] La profession militaire était en grand honneur dans l'Égypte. Après les familles sacerdotales, celles qu'on estimait les plus illustres étaient, comme parmi nous, les familles destinées aux armes. On ne se contentait pas de les honorer, on les récompensait libéralement. Les soldats avaient douze aroures, exemptes de tout tribut et de toute imposition [102]. L'aroure était une portion de terre labourable, qui répondait à peu près à la moitié d'un de nos arpents. Outre ce privilége, on fournissait par jour à chacun d'eux [103] cinq livres de pain, deux livres de viande, et une pinte de vin [104]. C'était de quoi nourrir une partie de leur famille. Par là on les rendait plus affectionnés et plus courageux; et l'on trouvait, remarque Diodore, que c'eût été manquer contre les règles, Lib. 1, p. 67. non-seulement de la saine politique, mais du bon sens, que de confier la défense et la sûreté de l'état à des gens qui n'auraient eu aucun intérêt à sa conservation.