CHAPITRE VI.
DE LA FÉCONDITÉ DE L'ÉGYPTE.
Je ne parlerai ici que de quelques plantes particulières à l'Égypte, et de l'abondance du blé qui y croissait.
Papyrus [113]. C'est une plante qui pousse quantité de tiges triangulaires, hautes de six ou sept coudées. Plin. l. 13, c. 11. Les anciens ont écrit d'abord sur des feuilles de palmier, puis sur des écorces d'arbre, d'où est venu le mot liber: après cela sur des tablettes enduites de cire, où l'on imprimait les caractères avec un poinçon qui avait un bout aigu pour écrire, et l'autre plat pour effacer: Satir. 10, lib. 1 [v. 72.] ce qui a donné lieu à cette expression d'Horace,
Sæpè stylum vertas, iterùm quæ digna legi sint Scripturus.
qui signifie que, pour faire un bon ouvrage, il faut beaucoup effacer, beaucoup corriger. Enfin on introduisit l'usage du papier. C'était des feuilles propres à écrire, Lucan. [Pharsal. III, v. 222.] faites de l'écorce de la plante dont nous parlons, papyrus, appelée autrement byblus:
Nondum flumineas Memphis contexere byblos
Nuverat.
[Note 113: ][ (retour) ] Pour les différents usages du papyrus, voyez une dissertation de M. de Caylus (Académ. Insc. tom. XXVI, pag. 267).--L.
Merveilleuse invention [114], dit Pline, qui est d'un si grand usage dans la vie, qui fixe la mémoire des faits, et qui immortalise les hommes! Varron l'attribue à Alexandre-le-Grand, lorsqu'il bâtit Alexandrie: mais elle est bien plus ancienne que lui; il ne fit que la rendre plus commune. Le même Pline ajoute qu'Eumène, roi de Pergame, substitua le parchemin au papier, par jalousie contre Ptolémée, roi d'Égypte, se piquant de l'emporter par ce moyen sur sa bibliothèque, dont les livres n'étaient que de papier. Le parchemin est une peau de mouton ou de bélier préparée pour écrire; on l'appelle pergamenum, à cause qu'il a été inventé par les rois de Pergame. Tous les anciens manuscrits sont sur du parchemin, ou sur du vélin, qui est une peau de veau plus délicate que le parchemin ordinaire. C'est une chose curieuse de voir comment notre papier, qui est si blanc et si fin, se fait de vieux haillons et de sales chiffons qu'on ramasse dans les rues. La plante nommée papyrus servait aussi à faire des voiles de vaisseau, des cordages, des habits, des couvertures, etc.