Dieu voyait dans le cœur de ce prince un orgueil insupportable, un sentiment de sécurité, de confiance dans les inondations du Nil, d'une entière indépendance des influences du ciel, comme s'il n'eût dû les heureux effets de cette inondation qu'à ses soins et à ses travaux, ou à ceux de ses prédécesseurs: Meus est fluvius, et ego feci eum.
Avant que de terminer cette seconde partie, qui regarde les mœurs des Égyptiens, je crois devoir avertir les lecteurs de se rendre attentifs à différents traits répandus dans l'histoire d'Abraham, de Jacob, de Joseph, de Moïse, qui confirment et éclaircissent une partie de ce que nous trouvons dans les auteurs profanes sur ce sujet. Ils y remarqueront la police parfaite qui régnait en Égypte, soit à la cour, soit dans le reste du royaume; la vigilance du prince, qui était averti de tout, qui avait un conseil réglé, des ministres choisis, des troupes toujours bien entretenues, et de toute sorte, infanterie, cavalerie, chariots armés en guerre; des intendants dans toutes les provinces; des gardes des greniers publics, des dispensateurs exacts du blé, qui le distribuaient avec grand ordre; une cour formée avec tous les officiers de la couronne, capitaine des gardes, grand échanson, grand panetier, en un mot tout ce qui compose la maison d'un prince et qui fait l'éclat d'une cour brillante. Gen. 12, 10-20. Ils y admireront plus que tout cela encore la crainte des menaces de Dieu, inspecteur de toutes les actions, et juge des rois mêmes; et l'horreur de l'adultère, reconnu comme un crime capable de faire périr un royaume.
TROISIÈME PARTIE.
HISTOIRE DES ROIS D'ÉGYPTE.
Il n'y a point dans toute l'antiquité d'histoire plus obscure ni plus incertaine que celle des premiers rois d'Égypte. Cette nation fastueuse, et follement entêtée de son antiquité et de sa noblesse, trouvait qu'il était beau de se perdre dans un abyme infini de siècles, qui Diod. l. 1, p. 41. semblait l'approcher de l'éternité. Si on l'en croit, les dieux d'abord, ensuite les demi-dieux ou héros, la gouvernèrent successivement pendant l'espace de plus de vingt mille ans [124]. On sent assez combien cette prétention est vaine et fabuleuse.
[Note 124: ][ (retour) ] Diodore, cité par Rollin, dit: un peu moins de dix-huit mille ans. (1, § 44.) Fréret a montré que cette antiquité si reculée provient de l'équivoque causée par le mot année, qui a désigné originairement des saisons de trois ou de quatre mois. En réduisant les dates égyptiennes, d'après cette hypothèse, on reconnaît qu'elles se renferment dans les limites de la chronologie de l'Écriture Sainte.--L.