Après les dieux et demi-dieux régnèrent des hommes égyptiens, dont Manéthon nous a laissé trente dynasties ou principautés. Ce Manéthon était Égyptien, grand-prêtre et garde des archives sacrées de l'Égypte; il avait été instruit dans les lettres grecques. Il a écrit l'histoire des Égyptiens, et l'a tirée, à ce qu'il dit, des écrits de Mercure, et des autres anciens mémoires conservés dans les archives des temples. Il avait composé cet ouvrage sous le règne et par l'ordre de Ptolémée Philadelphe.
Si l'on suppose les trente dynasties de Manéthon successives, elles composent plus de cinq mille trois cents ans jusqu'au règne d'Alexandre, ce qui est manifestement convaincu de fausseté. D'ailleurs on voit dans Ératosthène [125], appelé à Alexandrie par Ptolémée Evergète, une liste de trente-huit rois thébains, tous différents Eratosthen. ap. Syncell. p. 91. c. 147 D. de ceux de Manéthon. Le soin d'éclaircir ces difficultés a beaucoup exercé les savants. La voie la plus sûre de concilier ces contradictions est de supposer, comme le font maintenant presque tous ceux qui traitent cette matière, que les rois dont il est parlé dans les différentes dynasties ne se sont pas tous succédé les uns aux autres, mais que plusieurs ont régné en même temps dans des contrées différentes. Il y a eu en Égypte quatre dynasties principales: celle de Thèbes, celle de Thin, celle de Memphis, et celle de Tanis. Je ne ferai point ici le dénombrement des rois qui y ont régné: l'histoire ne nous en a presque conservé que les noms. Je ne rapporterai que ce qui me paraîtra propre à éclairer et à instruire les jeunes gens, pour qui principalement j'écris; et je m'arrêterai sur-tout à ce qu'Hérodote et Diodore de Sicile nous apprennent des rois d'Égypte, sans même y garder une suite fort exacte, du moins dans les commencements de cette histoire, qui sont fort obscurs, et sans me mettre en devoir de concilier ces deux historiens. Leur dessein, surtout d'Hérodote, a été, non de donner une suite exacte des rois d'Égypte, mais seulement d'indiquer ceux dont l'histoire leur a paru plus intéressante et plus instructive. Je suivrai le même plan; et j'espère qu'on ne me saura pas mauvais gré de n'être point entré moi-même, et de n'avoir point engagé avec moi les jeunes gens, dans un labyrinthe de difficultés qui est presque sans issue, et d'où les plus habiles ont bien de la peine à se tirer quand ils veulent suivre le fil de l'histoire et fixer des dates assurées. Les curieux pourront consulter les savants [126] ouvrages où cette matière est traitée à fond.
[Note 125: ][ (retour) ] Il était de Cyrène.
[Note 126: ][ (retour) ] La chronique du chevalier Marsham; les ouvrages du P. Pezron; les dissertations du P. Tournemine, et celles de M. l'abbé Sevin.
Je dois avertir dès le commencement qu'Hérodote, sur la foi des prêtres Égyptiens qu'il avait consultés, rapporte beaucoup d'oracles et de faits singuliers qu'un lecteur éclairé ne prendra que pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire pour des fables.
L'histoire ancienne d'Égypte contient 2158 ans, et elle se divise naturellement en trois parties.
La première commence à l'établissement de la monarchie égyptienne, fondée par Ménès ou Mesraïm, fils de Cham, l'année du monde 1816, et finit à la destruction de cette même monarchie par Cambyse, roi de Perse, l'an 3479; et cette première partie comprend 1663 ans.
La seconde partie est mêlée avec l'histoire des Perses et des Grecs, et s'étend jusqu'à la mort d'Alexandre-le-Grand, arrivée en 3681, et renferme par conséquent 202 ans.
La troisième est celle où s'est élevée en Égypte une nouvelle monarchie sous les Lagides, c'est-à-dire sous les Ptolémées, descendants de Lagus, jusqu'à la mort de Cléopatre, dernière reine d'Egypte, en 3974; et ce dernier espace renferme 293 ans.