AN. M. 3410 AV. J.C. 594. Jerem. 44, 30. APRIÈS. Il est appelé dans l'Écriture Pharaon Éphrée, ou Ophra. Il succéda à son père Psammis, et régna vingt-cinq ans.
Herod. l. 2, cap. 161. Diod. lib. 1, pag. 62. Pendant les premières années de son règne, il fut aussi heureux qu'aucun de ses prédécesseurs. Il porta ses armes contre l'île de Cypre. Il attaqua par terre et par mer la ville de Sidon, la prit, et se rendit maître de toute la Phénicie et de toute la Palestine.
De si prompts succès lui enflèrent extrêmement le cœur. Hérodote rapporte de lui qu'il était devenu si orgueilleux, et tellement infatué de sa grandeur, qu'il se vantait qu'il n'était pas au pouvoir des dieux mêmes de le détrôner, tant il s'imaginait avoir établi solidement sa puissance. C'est par rapport à de tels sentiments qu'Ézéchiel lui met à la bouche ces paroles pleines d'une vanité folle et impie: La rivière est à moi, c'est Ezech. 29, 3. moi qui l'ai faite. Le vrai Dieu lui fit bien sentir dans la suite qu'il avait un maître, et qu'il n'était qu'un homme; et il fit prédire par ses prophètes, long-temps auparavant, tous les maux dont il avait résolu de punir son orgueil.
Ezech. 17, 15. Peu de temps après qu'Ophra fut monté sur le trône, Sédécias, roi de Juda, lui envoya des ambassadeurs, fit alliance avec lui; et l'année d'après, rompant le serment de fidélité qu'il avait fait au roi de Babylone, il se révolta ouvertement contre lui.
Quelques défenses que Dieu eût faites à son peuple d'avoir recours aux Égyptiens et de mettre en eux sa confiance, et quelque malheureux succès qu'eussent eu les différentes tentatives que les Israélites avaient faites de ce côté-là, l'Égypte leur paraissait toujours une ressource assurée dans leurs dangers, et ils ne pouvaient s'empêcher d'y recourir. C'est ce qui était déjà arrivé sous le saint roi Ézéchias. Isaïe leur disait de la part de Dieu: Is. cap. 31, v. 1 et 3. «Malheur à ceux qui vont en Égypte chercher du secours, qui mettent leur confiance dans sa cavalerie et dans ses chariots, et qui ne s'appuient point sur le Saint d'Israël, et ne cherchent point l'assistance du Seigneur!... L'Égyptien est un homme et non pas un Dieu: ses chevaux ne sont que chair, et non pas esprit. Le Seigneur étendra sa main, et celui qui donnait secours sera renversé par terre; celui qui espérait d'être secouru tombera avec lui, et une même ruine les enveloppera tous.» Ils n'écoutèrent ni le prophète ni le roi, et ne reconnurent la vérité des paroles de Dieu que par une funeste expérience.
Il en fut de même en cette occasion. Sédécias, malgré les remontrances de Jérémie, voulut faire alliance avec l'Égyptien. Celui-ci, fier de l'heureux succès de ses armes, et ne croyant pas que rien pût résister à sa puissance, se déclara le protecteur d'Israël, et lui promit de le délivrer des mains de Nabuchodonosor. Dieu, irrité qu'un mortel eût osé prendre sa place, s'en expliqua ainsi à un autre prophète: Ezech. 24, 1-12. «Fils de l'homme, tournez le visage contre Pharaon, roi d'Égypte, et prophétisez tout ce qui lui doit arriver, à lui et à l'Égypte. Parlez-lui, et dites-lui: Voici ce que dit le Seigneur notre Dieu: Je viens à vous, Pharaon, roi d'Égypte, grand dragon, qui vous couchez au milieu de vos fleuves, et qui dites: Le fleuve est à moi, et c'est moi-même qui me suis créé. Je mettrai un frein à vos mâchoires, etc.» Après l'avoir comparé à un roseau qui se brise sous celui qui s'y appuie, et qui lui perce la main, Dieu ajoute: «Je vais faire tomber la guerre sur vous, et je tuerai parmi vous les hommes avec les bêtes. Le pays d'Égypte sera réduit en un désert et en une solitude; et ils sauront que c'est moi qui suis le Seigneur, parce que vous avez dit: Le fleuve est à moi, et c'est moi Cap. 29, 30, 31, 32. qui l'ai fait.» Le même prophète continue, dans plusieurs chapitres de suite, à prédire les maux dont l'Égypte allait être accablée.
Sédécias était bien éloigné d'ajouter foi à ces prédictions. Quand il apprit que l'armée des Égyptiens approchait, et qu'il vit Nabuchodonosor lever le siège de Jérusalem, il se crut délivré, et triomphait déjà. Sa joie fut courte. Les Égyptiens, voyant approcher les Chaldéens, n'osèrent en venir aux mains avec une armée si nombreuse et si aguerrie. Ils reprirent le AN. M. 3416 AV. J.C. 588. Jerem. 37, 6, 7. chemin de leur pays, et abandonnèrent Sédécias à tous les périls de la guerre où ils l'avaient eux-mêmes engagé. Nabuchodonosor revint devant Jérusalem, y remit le siège, la prit et la brûla, comme Jérémie l'avait prédit.
AN. M. 3430 AV. J.C. 574. Herod. l. 2, cap. 161, etc. Diod. lib. 1, pag. 62. Plusieurs années après, les châtiments dont Dieu avait menacé Apriès, roi d'Égypte, commencèrent à tomber sur lui; car les Cyrénéens, colonie des Grecs qui s'était établie en Afrique, entre la Libye et l'Égypte, ayant pris et partagé entre eux une grande partie du pays des Libyens, forcèrent ces peuples dépouillés à se jeter entre les bras de ce prince et à implorer sa protection. Aussitôt Apriès envoya une grande armée dans la Libye pour faire la guerre aux Cyrénéens; mais, cette armée ayant été défaite et presque toute taillée en pièces, les Égyptiens s'imaginèrent qu'il ne l'avait envoyée dans la Libye que pour l'y faire périr, afin que, quand il en serait défait, il pût régner plus despotiquement sur ses sujets. Dans cette pensée, ils crurent devoir secouer le joug d'un prince qu'ils regardaient comme leur ennemi. Apriès, ayant appris cette révolte, leur envoya Amasis, un de ses officiers, pour les apaiser et pour les faire rentrer dans leur devoir. Mais, lorsque Amasis eut commencé à parler, ils lui mirent sur la tête un casque pour marque de la royauté, et le proclamèrent roi. Amasis, ayant accepté la couronne qu'ils lui offrirent, demeura avec eux, et les confirma dans leur révolte.
Apriès, à cette nouvelle, encore plus enflammé de colère, envoya Patarbémis, un autre de ses officiers et l'un des principaux seigneurs de sa cour, pour arrêter Amasis et le lui amener. Mais Patarbémis, ne s'étant pas trouvé en état d'enlever Amasis au milieu de cette armée de révoltés dont il était entouré, fut traité à son retour, par Apriès, de la manière la plus indigne et la plus cruelle; car ce prince, sans considérer que ce n'était que faute de pouvoir qu'il n'avait pas exécuté sa commission, lui fit couper le nez et les oreilles. Un outrage si sanglant fait à un homme de ce rang irrita si fort les Égyptiens, que la plupart allèrent se joindre aux mécontents et que la révolte devint générale. Ce soulèvement de ses sujets obligea Apriès de se sauver dans la haute Égypte, où il se maintint pendant quelques années, tandis qu'Amasis occupa tout le reste de ses états.