—Ma pauvre, je le vois, tu es plus bonne pour te poser sur une chaise que pour travailler. Une idée me vient. Si tu voulais, tu pourrais me vendre la Genette; je t’en baillerais un bon prix et tu serais bien débarrassée. Je peux ce que tu peux point. Ça m’irait à moi parce que ça touche ma terre. Et tu sais, la terre ne vaut que si elle est faite. On trouve plus personne pour la soigner. Elle est trop basse.

La mère l’écouta sans sursauts; elle ne mesurait que son immense faiblesse. Elle dit:

—On verra ça plus tard, Courteux. Mon beau-père est au champ, à cette heure. On en causera.

Elle craignait de mécontenter un voisin riche et bien établi. Elle pensait aussi qu’elle avait peu d’argent vaillant, car Villard, plus de dix années, en travaillant à plein collier, avait tout juste payé des champs dont le bien s’était arrondi. Il n’était plus là pour la conseiller; c’était comme si on lui avait ôté le cœur de la poitrine, la pensée de la tête, elle qui n’agissait que par lui.

—Faudra vite me donner une réponse, car j’ai des mignons jaunets à cette heure et je veux les poser sur de la terre. On est venu me causer d’un bien pas loin de là; si je l’achète, après j’aurai mon saoul.

Il souffla. Il en avait assez dit, étant de ceux qui trouvent qu’on parle toujours trop et que le silence vaut le louis d’or.

—Allons, je m’en retourne à la Grangerie. Y a de la besogne par ces temps. Je vois, ma pauvre, que tu n’écoutes point beaucoup. A ta place, je serais tout comme toi. Pour un coup, c’est un coup.

Il se leva comme à regret:

—Pense à tout ce que je t’ai dit; mais j’ai quelque chose contre toi. Si tu m’avais prévenu que tu vendais le Calot, je l’aurais acheté. Ça m’aurait fait plaisir de le tuer de ma main.

—On n’a pas pensé, Courteux; autrement, tu aurais eu la préférence. Mais parlons plus de ça.