—Je peux guère t’aider, ma Aimée! Comment peux-tu faire?
Mais elle répondait si paisiblement avec une force tellement sûre que la mère souriait. C’était donc une fée que cette petite qui repoussait le malheur et le fixait d’un regard si clair?
Le vieux Villard, que les rhumatismes tourmentaient, avait quitté le coin du feu pour plaire à sa petite-fille. Il menait les bêtes au champ et leur donnait le fourrage. Il travaillait en gémissant; il n’y avait plus d’huile dans son vieux corps, disait-il, et il était rouillé à tous les joints; mais quand Aimée le remerciait en le baisant sur sa barbiche, il en était réchauffé.
Elle avait appris à Vone et Tine à s’occuper en revenant de classe. Vone savait maintenant tenir un balai de genêt fait à sa mesure et Tine essuyait comme il fallait les assiettes, sans les casser. Nonot rassemblait pour le feu des brins de fagots qu’il mettait en tas. Aimée était heureuse en voyant ces petiots s’appliquer en tirant un bout de langue en cerise; mais ils n’osaient plus jouer à la barbichette avec le grand-père.
Quand Aimée était trop lasse et s’asseyait un moment près de la longue table de cerisier, Brunette venait lui faire fête; un pacte d’amitié les unissait. Elle l’avait vue des journées entières, chercher le défunt, le nez flairant le plancher, les meubles, avec un souffle pressé. Longtemps, elle mena ce manège, le poil hérissé, la queue basse, pleine d’une humble fidélité. Et ne découvrant pas le maître dans la maison, le cellier, la grange ou l’étable, elle sortait, courait longtemps les sentiers, humait l’air et revenait, lasse et triste, auprès d’Aimée en levant vers elle des prunelles dorées, qui l’interrogeaient ardemment. Aimée pleurait quelque temps en silence, essuyant ses yeux de peur qu’on ne la vît montrer sa douleur. Et sur ses genoux, Brunette appuyait son museau comme pour dire:
VI
Il fut décidé que l’on pourrait se passer de Pompon et de la petite charrette. Le vieux Villard accompagné d’Aimée les vendit à un jardinier de Rieux, un jour de foire. Il y eut, pour conclure cette affaire, maints serments et maintes indignations. Aimée, avant de le laisser partir, donna à Pompon un biscuit qui fut englouti et elle caressa son bon museau.
Comme ils allaient revenir à la Genette, ils rencontrèrent Jeannette Lavergne qui les pria à manger dans sa maison, midi étant proche. Elle exerçait le métier de couturière et vivait dans une demeure proprette, bien crépie à la chaux. Elle ouvrit à ses invités une porte vitrée que coloraient des rideaux rouges. Et parlant d’une langue vive, elle se mit à gémir doucement en avançant des chaises autour d’une cuisinière très fourbie où ronflait un triste feu. Le vieux Villard tendait ses mains pour les réchauffer, car il faisait froid.
—Ça vaut pas la cheminée, dit-il. Le feu s’ennuie là-dedans, m’est avis, et ceux qui sont autour.