Le vieux Villard s’ennuyait près de la cuisinière qui ronronnait; et tout bas il pestait contre cette bavarde qui les avait retenus comme ils revenaient à la Genette. Mais ils étaient un peu cousins de cousins, et il avait le respect de la parenté, même la plus éloignée.
Jeannette Lavergne s’empressa autour de la table et se plaignit d’être tombée dans sa cave et d’en souffrir encore.
—Elle n’est pas tombée sur sa langue, se dit le vieux.
Cette pensée le fit sourire. Triant une salade, Jeannette raconta l’histoire d’un héritage manqué. Aujourd’hui elle serait riche à ne savoir qu’en faire. Aimée lui prêtait une attention un peu feinte qui attisait ses paroles, et il n’en était pas besoin.
Jacques Lavergne entra; il tenait à la main une badine élégante.
Il s’arrêta sur le seuil, un peu hésitant quand il aperçut Aimée. Vite, il voulut être distingué par cette belle fille paysanne dont l’air de santé l’émerveillait secrètement. Il ôta galamment son chapeau et courbant sa haute taille, il dit, la lèvre fine et la moustache taillée:
—Mais c’est une ancienne petite camarade d’école ... Qu’elle est devenue jolie! ajouta-t-il en se tournant vers sa mère.
—Je vous reconnais maintenant, Jacques, dit Aimée. Vous avez pourtant bien changé!
—A son avantage! s’écria Jeannette Lavergne.
Il prit un air de grande modestie.