—Je ne sais pas si c’est vrai pour moi, mais pour mademoiselle Aimée, il n’en faut pas douter.
Il s’aperçut enfin de la présence du vieux Villard et il lui dit des paroles qu’il faisait rustiques à dessein, sur un ton qui signifiait que telle n’était pas son habitude.
Villard répondit en patois limousin, par secrète malice. Jacques voulait montrer qu’il avait oublié ce langage qu’il jugeait naïf. Le contraste amusait Aimée et elle en riait sous cape.
A peine Villard eut-il bu le café qu’il se leva, sa bru n’avait pas été prévenue, et les jambes lui démangeaient de revenir à la Genette.
Comme il ne manifestait aucune curiosité, Jeannette Lavergne lui dit en patois:
—Vous ne m’avez pas demandé pourquoi mon Jacques est ici? C’est rapport à sa santé. Il a tant remué de papiers que ça l’a tout pâli et le médecin lui a donné un congé de trois mois.
—Eh bien, ça va comme vous voulez alors, repartit Villard en prenant son bâton, pour fuir cette femme qui gémissait en souriant.
Jacques Lavergne disait à Aimée qu’il serait heureux d’aller la voir à la Genette. Elle répondait à peine, troublée sous les yeux de ce garçon où elle découvrait une étrange ardeur. Mais dès qu’elle eut passé le seuil de la maison, une grande hâte la pressa vers les petits qui l’attendaient et le courant de l’humble vie qu’il fallait bien maîtriser.
VII
Un jour de fin avril, comme le vieux Villard, tout encapuchonné, car le vent était encore froid, gardait les bêtes dans le pré des Beaux, Aimée vint lui tenir compagnie. Elle avait besoin d’un appui et de fortifier la résolution qu’elle avait prise.