—Tu es contente, moi aussi je suis bien content.
Puis il cria:
—J’ai une chemise à fente comme grand-père!
Il enfila tout seul sa culotte. Tine et Vone, un peu paresseuses, sortirent lentement des draps quatre petons frais aux doigts qui remuaient comme des boules. Elles s’habillèrent et s’aidèrent l’une l’autre comme on le leur avait appris. Aimée démêla leurs chevelures, et bientôt tous les trois, comme à l’habitude, ils furent lavés et vêtus. Ils vinrent dans la cuisine embrasser leur mère qui se demandait par quel prodige la vie continuait de fleurir.
Aimée prépara le panier de classe où, entre deux assiettes retournées, elle avait placé un bout de salé avec de longues tranches de pain, et plié dans un papier trois billettes de chocolat.
Quand ils descendirent les marches de la terrasse en faisant claquer leurs sabots ferrés, elle courut les baiser sur leurs joues luisantes, se retenant de les étreindre longtemps. L’amour maternel qui est comme un feu du ciel réchauffait son cœur virginal.
Lorsqu’ils ne furent que trois points sur le sentier, elle revint près du feu; elle prépara la soupe pour sa mère et pour son grand-père qui se levait. Cela fait, elle alla traire les deux vaches qui étaient restées à l’étable; et le lait refroidi, elle le fit cailler dans des gages. Un bout de fromage, pour le marendé[B], c’est bien agréable à étendre sur du pain. Brunette la suivait sans cesse et elle sentait sur ses talons le souffle de son museau.
Le vieux était encore recru de la fatigue de la veille; mais en mangeant sa soupe, le coude posé sur la table, il dit à Aimée:
—Ça me fait contentement quand je pense que Fansat laboure les terres. Ah! c’est point facile de trouver quelqu’un au jour d’aujourd’hui. Depuis que je t’entends aller et venir, dès la pique du matin, tout comme une fourmi, j’en avais peine. Tu auras encore trop de besogne pour ta jeunesse. Mais je te sais contente.
Il se leva et ouvrant une boîte de noyer, il en sortit cent vingt pistoles.