La matinée était avancée. Le soleil, par la croisée, coulait ses rayons jusqu’au feu. Tout à coup, Brunette aboya furieusement. La voix de Courteux s’éleva, et passant le seuil, il cria:
—Vas-tu me mordre? Bonjour, vous autres!
Il prit une chaise sans attendre qu’Aimée la lui offrît, et ses yeux clignotèrent en considérant le vieux Villard qu’il trouva jaune comme un coing et la mère qui n’avait guère de sang aux joues. Et il tourna le dos comme à dessein à Aimée qu’il avait vue en entrant; elle avait porté sur lui des regards trop clairs. La maie était encore ouverte et il aperçut les corbeilles sous les couvertures.
—Tu as fait le pain, ma pauvre, dit-il à la mère, sachant bien que, seule, Aimée avait pétri, car il voyait de la pâte séchée à ses doigts.
—Ah! c’est ta Aimée, c’est point possible. Tu la tueras. Elle est point pour ça.
—Ça nous regarde, Courteux, dit la mère.
Puis elle garda le silence. Le vieux Villard continuait de fumer sa pipe et ne regardait Courteux que d’un œil, ce qui était un grand signe de méfiance.
Courteux vit bien que l’on attendait qu’il parlât. Il le fit sans hâte en repoussant une colère dont il avait peur.
—Je suis venu rapport à votre bien. Je suis toujours prêt à l’acheter un bon prix, avec du bel argent comptant. Vous pouvez pas faire toute cette terre; elle vous aurait la peau et les os, mes pauvres.
Aimée avait grande envie de le mettre à la porte, mais elle se contint; et elle lui répondait mieux que par des paroles en continuant de mettre tout en ordre et en propreté parfaite.