Le vieux Villard s’arrêta enfin de fumer et dit avec une force qui décontenança Courteux:

—Tu peux aller faire un tour ailleurs; la Genette n’est pas pour ton nez. Tu perds ton temps.

Courteux feignit l’indifférence, mais il souffla fortement:

—Tu sais, ça n’est pas joli ce que vous avez fait, Villard. Je pensais que Lionnou Fansat me prêterait la main pour quelques petits biens que je fais à moitié et vous l’avez louée à belle année. Est-ce vrai? Vous avez imaginé de me souffler à la barbe le Desforgues, mais ça n’a pas mordu. C’est point des choses qu’on fait au monde.

Aimée s’en alla dans sa chambre pour ne pas entendre le compère. Mais Villard, tout à coup, se leva tout droit dans la cheminée et cria d’une voix enrouée par l’âge:

—Écoute toi! Y a plus de place pour un grain de plus dans le boisseau. Tu vas donc me faire la leçon, vilain coucou! Tu as point assez de pondre dans le nid des autres!

Courteux quitta sa chaise et pour que ses mains ne tremblassent pas, il les accrochait aux revers poisseux de sa veste rapetassée.

—Vous le regretterez, grogna-t-il. Bien le bonjour.

Il s’en alla plus vite qu’il n’était venu. S’en retournant à la Grangerie, il longea les terres de la Genette qui le faisaient loucher. Il entendit le cri de Fansat qui labourait bravement au soleil. Il songea:

—Ils auront de la pomme de terre. C’est encore temps.