Il s’approcha d’elle et murmura des paroles dont elle n’entendait que le son qui la charmait. Il lui avait pris les mains, sans heurt, insensiblement, ne cessant de la regarder avec émerveillement. Dans ce coin de prairie, il la trouvait plus belle qu’aucune fille du monde.
Il haussa la voix et dit:
—Aimée, vous ne connaissez pas ce que c’est que l’amour. En ce moment je sens bien que je vous aime ... Vous seriez ma femme. Vous quitteriez cette campagne et nous serions heureux en ville, car je ne pourrais vivre ici toute l’année. C’est agréable d’y passer trois mois, mais c’est tout.
A ces mots, elle dégagea doucement ses mains. Il poursuivit, n’osant lui reprendre les doigts:
—Vous verriez; ce serait le bonheur. Vos gentilles mains ne seraient plus meurtries par un travail grossier.
Elle le considéra de ses yeux clairs et pleins d’un étonnement douloureux; ce n’était plus le chant de la voix émue qu’elle entendait, mais le sens de paroles qui la blessaient. Il devint pressant; il implorait:
—Je serais si heureux de vous arracher à ces besognes. Écoutez-moi, Aimée, ne dites pas non.
Elle vit ses épaules étroites, son maigre visage où brillaient des yeux dont le feu était attirant et doux.
—Jacques, on n’avait pas besoin de me dire que la vie des campagnes valait mieux que celle des villes; je le sentais bien. Vous-même, cette vie vous a fatigué et vous êtes venu vous reposer un peu chez nous. Il me semble que je vous aimerais si vous vouliez rester au pays.
Il se récria. Que demandait-elle! Il l’aurait voulu qu’il ne le pouvait plus.