Mais l’élan de son cœur avait tout remis en marche. Sa mère reprenait le collier des besognes rustiques et du bon souci. Lionnou Fansat, un matin de juin, comme il martelait sa faux, lui dit, levant vers elle sa grosse tête ébouriffée:

—Mémée, quelque chose vous ennuie. Je sais pas quoi, mais j’en ai de la peine.

Elle lui répondit en souriant si paisiblement qu’il s’accusa d’être trop fin.

La saison était venue de faucher. Il se levait, dès le petit jour blanchissant, et il s’en allait, l’aile de fer sur l’épaule; la corne de bœuf creusée, où trempait dans l’eau la pierre à affûter, pendait sous sa veste courte.

Il ouvrait la barrière du pré tout argenté de rosée; et les jarrets durcis, les mains attachées au bois, la poitrine en voûte, il faisait ronfler la faux dans l’herbe qui se couchait, en masses égales. Rythmant sa besogne dans le haut silence du matin, il ouvrait un sentier mouillé jusqu’au buisson de clôture. Alors il revenait vers la barrière, d’un pas régulier, la faux battant comme un balancier; il remontait et redescendait, plein d’équilibre, sans un mouvement inutile, selon la vieille loi d’un travail bien ordonné.

Puis il s’en revenait à la Genette, aux feux du soleil de midi et content de la tâche accomplie.

Les foins furent rentrés en bonne condition. La charrette chargée à fond, solidement câblée, conduisit vers le portail de la grange de petites collines d’un gris de lézard qui laissait dans l’air le sillage et l’odeur des herbes mortes.

Vone, Tine et Nonot étaient de la fête. Ayant râtelé et fané, ils avaient mangé à l’ombre des noisetiers, quand le soleil de la journée descend dans la prairie et joue avec des troupes de moucherons.

Les grands jours où l’on moissonne le blé brillèrent. Les gerbes s’amoncelèrent dans la grange en attendant les battaisons. Lionnou Fansat les avait couronnées d’un gros bouquet de fleurs en signe de suprême joie.

Aimée se demandait pourquoi elle n’était pas pleinement heureuse; pourtant il était bien vrai que cette moisson était sortie de son cœur.