XIII
Elle évitait d’aller seule dans les champs ou sur la route de Rieux. Elle craignait et désirait à la fois de revoir Jacques Lavergne. Elle pensait qu’il reviendrait bientôt à Limoges, son congé fini. Depuis que le temps des grands travaux était passé, elle avait pris l’habitude de s’isoler dans sa chambre; au milieu du silence, elle songeait à Jacques, se plaisant secrètement à l’embellir et à lui prêter de charmantes vertus. Elle reformait à son gré les traits de son visage, et elle s’efforçait de changer le sens des paroles qu’il lui avait dites. «S’il voulait! rêvait-elle. Il me plaît et il m’a bien montré qu’il me regardait sans déplaisir.»
Sa songerie amoureuse montait. Un brusque désir la prenait de se vêtir avec coquetterie et de presser le pas sur le chemin de Rieux où, certainement, il l’attendait.
Un soir, elle s’habilla de sa plus belle robe et s’attarda à se coiffer. Elle allait passer le seuil, mais Nonot qui musait par là, vint la saisir aux jambes pour rire. Dans son âme croyante, elle vit en ce simple fait un signe d’En-Haut. Elle s’effraya comme si elle était coupable.
Les jours suivants, elle multiplia maints petits travaux de ménage, afin de s’arracher aux rêveries dont elle sentait obscurément le danger.
Elle ne cessait de s’occuper des enfants, leur taillant des vêtements ou leur faisant des lectures dans une Histoire sainte, pleine d’images. Sa mère, dont la santé restait chétive, ne devinait pas le tourment qu’elle cachait et dominait avec simplicité, comme elle accomplissait toutes choses.
Mais quand la nuit tombait, la maison se refermait sur elle comme un manteau, la paix revenait dans son cœur. La terre qu’elle avait gardée l’environnait, elle le sentait bien, d’une tranquille reconnaissance.
XIV
Un dimanche, dans l’après-midi, Clémentine Queyroix vint à la Genette. Sa figure ronde et fraîche gardait un mystère inaccoutumé.
Aimée était assise sur la terrasse; Vone et Tine, de chaque côté de ses épaules, penchaient leurs têtes frisées pour lire dans le livre d’images qu’elle commentait en riant, tandis que Nonot faisait sauter des billes sur une grosse pierre. La mère préparait des légumes pour la soupe du soir, les raclait et les pelait en les laissant tomber dans une bassine pleine d’eau.