Le vieux Villard fumait tout doucement sa pipe sans parler, les yeux tournés vers l’horizon où le soleil éclairait des champs vides et des verdures brûlées; à ses pieds Brunette était couchée, le museau posé sur ses pattes allongées, et soufflant de temps à autre, en clignant de l’œil. Les grillons agitaient des milliers de graines sonores; la grande paix qui suit la levée des récoltes était venue.

Lionnou Fansat était parti pour Ballanges voir ses enfants et sa femme. Il y allait plus souvent en ce mois, n’ayant plus à travailler du soir au matin, sans arrêt.

Clémentine Queyroix sentait bien quel était le bonheur simple et sûr qui couvrait aujourd’hui la maison, après tant de peines. Tout était si tranquille sur ce seuil et dans les champs!

Chacun lui donna amiteusement le bonjour; Aimée alla chercher une chaise pour qu’elle se reposât dans la fraîcheur de l’ormeau qui versait son ombre sur la terrasse. Mais Clémentine murmura:

—Viens un peu dans la cour avec moi. Il faut que je te parle. En se promenant, on causera mieux. Si tu voulais, nous irions cueillir de la bruyère à Villemonteil.

Aimée accepta avec plaisir. Elle avait besoin de respirer au grand air et de prendre du loisir sous le ciel d’une belle journée.

Elles suivirent un sentier qui serpentait à travers de hautes prairies et faisait un courant silencieux de fraîcheur et de repos. Elles se disaient, chemin faisant, de ces petits riens qui entretiennent la gentillesse française. Bientôt elles arrivèrent sur le plateau de Villemonteil. Le versant opposé de la rivière se dressait, violâtre et roux avec les grandes formes tourmentées de ses rochers. La bruyère en fleur étendait ses nappes que le soleil allumait.

Dans ces lieux, tout était pur comme à la naissance du monde; le chant profond de la terre s’élevait, et le vent avait un goût sauvage comme celui d’une pousse de fougère écrasée.

Aimée et Clémentine entrèrent dans une châtaigneraie où l’herbe fine luisait. La lumière était amicale sous ces arbres dont le tronc s’étale à grands plis tournants, semblable à quelque manteau encore empli du souffle d’une marche mystérieuse. Quelques-uns avaient été fracassés par la foudre, mais de la blessure sortait le jet d’une pousse ronde et lisse, avec une souplesse de couleuvre dressée.

Assise sur l’herbe, Aimée, près de son amie, liait un bouquet de bruyère. Elle dit: