—Il fait bon ici. Je me sens tout à l’aise.
Sur la ligne lointaine de l’horizon, un rayon dansait, un point d’eau vive, un mince éclair comme il en sort d’une ablette qui saute au fil de la rivière. Clémentine murmura:
—Mémée, tu vas me gronder.
Elle poursuivit tout d’une haleine:
—Jacques Lavergne sait que nous sommes ici. Avant de partir, il voulait te revoir. Je n’ai pas pu lui refuser. Il t’aime tant!
—Ce n’est pas bien, ce que tu as fait là, mais je ne t’en veux pas, car je connais ton bon cœur, repartit Aimée.
Maintenant, elle était troublée, anxieuse. La belle soirée s’assombrissait à ses yeux. Quelque temps passa; les deux amies ne parlaient pas, mais le frémissement de l’eau animait l’air et montait du fond de la vallée.
Aimée, la première, vit Jacques Lavergne qui venait sur le sentier bordé de hautes fougères. Comme à l’habitude, il était bien vêtu et s’avançait avec aisance.
—Que vous êtes sauvage, mademoiselle Aimée! s’écria-t-il, en l’abordant. Il a fallu que je m’aventure dans ces terres de loup-garou pour vous découvrir.
Clémentine s’était éloignée et s’appliquait à cueillir des touffes de bruyère en fleur.