Jacques, à mi-voix, tout près d’Aimée, murmura:

—Avez-vous réfléchi à mes paroles? Voulez-vous toujours vivre dans ce pays? Si vous consentez à devenir ma femme, vous ne le regretterez-pas. Aimée, de grâce, écoutez-moi.

—Je vous écoute bien trop, dit-elle.

Alors il devint suppliant. Bientôt, il allait reprendre à Limoges une vie de bureau qui ne lui permettait pas de la revoir comme il le désirait; ne lui laisserait-elle pas emporter un peu d’espérance?

Elle appela Clémentine d’une voix pleine d’une secrète détresse. Et devant son amie, elle dit, pâlie, la figure creusée de tourment:

—Jacques, je peux parler en présence de ma compagne, et je le veux. J’ai pour vous plus que de l’amitié, peut-être, mais jamais je ne quitterai la Genette. Moi, je ne compte pas, mais ce que j’ai donné, je ne peux pas le reprendre. J’ai bien réfléchi; ce que vous désirez n’est pas possible. Et si je vous évitais, c’était pour ne pas être forcée de vous parler comme cela. Je craignais beaucoup cette peine.

A ces mots, elle leva les yeux vers lui et elle était partagée cruellement entre la douleur et la fierté. Jacques sentait le tremblement secret de cet amour étouffé; il devint grave, et cachant son émotion, il s’éloigna. Partis du même point natal, ils allaient sur des routes qui divergeaient.

Clémentine embrassa Aimée, et les bras autour du cou de son amie, elle lui dit:

—Pardonne-moi; j’avais cru bien faire ...

Elles se levèrent pour regagner leur logis. Aimée ne parlait pas. Clémentine soupira: