—Pauvre petite, peut-être l’aimais-tu?

Aimée répondit:

—Tais-toi; il vaut mieux ne rien dire. C’est fini.

Et elles revinrent silencieuses dans les rayons obliques du soir.

XV

A la Grangerie, Courteux avait travaillé d’arrache-pied. Il était vrai qu’il possédait trop de terres, mais il se montrait insatiable. Son avidité grandissait avec les difficultés qu’il rencontrait. A grand’peine, il trouvait quelques valets dociles dont l’espèce se perd peu à peu, de ces hommes qui obéissent sans murmure, aveuglément, comme s’ils portaient dans les reins dix siècles de servitude.

Il leva sa récolte, mais il tournait, comme on dit, un œil de coin sur la Genette qui avait donné de bon blé, contre toute attente. Il avait compris d’où venait l’obstacle.

Il connaissait trop la vie de la terre pour ne pas savoir qu’il est des femmes et des filles qui montrent parfois de ces profondes et silencieuses ardeurs plus fortes que toutes les ruses et tous les malheurs. Aimée Villard, il le devinait, était une bonne flamme du ciel qui avait rallumé un foyer près de s’éteindre. Mais ayant rentré son blé, il voulut, selon le vieil atavisme de chicane, passer sa rage sournoise. D’abord, il ne craignit pas de conter qu’Aimée était un peu coureuse; on lui rit au nez. Il fallut trouver autre chose.

Un beau matin, comme il faisait sa ronde par les champs grillés de soleil, il entra dans une pièce de terre qui touchait le bien de la Genette sur une longueur d’une trentaine d’ares. A cet endroit, les deux domaines sont séparés par un mur mitoyen de pierres sèches, à peine plus haut qu’un homme de taille moyenne.

Courteux considéra avec grande attention ce mur et il découvrit que, çà et là, il n’était pas très solide. Il apparaissait clairement à ses yeux qu’il fallait l’abattre et le reconstruire plus solidement.