Victorin Chansac gronda des paroles de menaces :

— On pourrait bien lui faire danser la bourrée d’Auvergne !

Une rumeur de colère s’éleva de l’assemblée peu nombreuse, mais résolue. Quelques garçons se précipitaient vers la porte. Jacques Chabane les arrêta. Sa haute taille, son regard en imposèrent aux plus effrénés. Il pensait à Sylvie, qui veillait près de son enfant.

— Camarades, cria-t-il, Claude d’Argé n’est pas un ennemi de la nation, bien au contraire ! Il n’a pu venir parmi nous, car il est au chevet de sa femme, qui est d’une santé fragile. Si nous avons l’étoffe de vaillants soldats, nous ne sommes pas des hommes sans entrailles ! En l’absence de Claude d’Argé, je demande que six gardes nationaux soient envoyés à la fête qui se déroulera à Limoges le 9 mai prochain.

Pierre Forclos approuva prudemment Jacques Chabane et la réunion s’acheva sur des paroles de bonhomie.

XVIII

Claude ne s’abandonnait pas aux regrets. Lui qui avait été formé pour les douceurs et les harmonies de la vie, il était à présent plein de courage. Il évitait de considérer Sylvie avec des regards trop tendres, et il s’appliquait à refouler son amour quand le service du roi l’appelait.

Tout était préparé pour qu’il pût quitter le château, à la faveur de la nuit. Il gagnerait les Flandres, muni de passeports, et voyagerait sous les apparences d’un marchand. Il fallait sauver le roi et le sang de sa noblesse le couvrirait de la plus belle des pourpres.

Sylvie cachait ses craintes. Une grande angoisse la tenait parfois, quand elle veillait près de Marie-Gabriel. Mais si elle avait voulu retenir Claude, elle sentait bien qu’elle ne l’aurait pu. Il était bien changé. Son visage devenait sévère ; il avait l’aspect d’un homme qui écoute une voix incessante.

Un soir de mai, il la conduisit dans le parc, comme autrefois. Les jeunes fleurs ouvraient leurs boutons, la feuille des chênes se dépliait aux rayons de la belle saison.