— Comment ne pas se sentir plein de paix, dit Jacques. La nature, selon Rousseau, nous y invite ! Qui peut songer à cette heure qu’un renard rêve d’égorger quelque lièvre innocent et que le reptile va dormir pour mieux fasciner demain l’oiseau sans défense !

Il cherchait une réponse dans les yeux de Sylvie, qui ne se détournaient pas. Quand le repas fut annoncé, elle pria Jacques, avec une grâce merveilleuse, de s’asseoir. Elle lui demandait s’il préférait tel mets à tel autre et s’efforçait de voiler sous des paroles ravissantes tout signe de hauteur. Au dessert, Claude déboucha un flacon d’un vin de Montbasillac.

— Je sens, mon cher Jacques, dit-il, que vous êtes attaché à notre maison. Il me plaît de voir en vous un défenseur de ma chère Sylvie et de notre petit Marie-Gabriel, si ce n’est de moi-même.

Jacques Chabane se leva pour mieux l’assurer de son dévouement. Et, s’asseyant de nouveau, il écoutait le charmant langage de Sylvie et il était éclairé d’une lumière enchantée. Le repas achevé, il osa demander à Sylvie qu’elle daignât jouer de la harpe. Elle accepta et le rayon de ses bras nus vibrait au regard de Jacques, plus que les cordes harmonieuses.

— Autrefois, murmura-t-elle, nous aimions, Claude et moi, à chanter de beaux airs, jusqu’au soir où nous avons senti se lever la haine près de nous.

Claude raconta comment un rôdeur avait jeté dans la salle un oiseau mort et souillé.

— Cela est triste, soupira Jacques Chabane.

Bientôt, il prit congé et s’en revint dans la nuit, où la lune, entre les arbres, mettait un accent de glace. Un moment, il s’arrêta de marcher et pleura.

XX

Quand Jacques Chabane regagna Bonnal, ayant joué son rôle dans les scènes de la Fédération, qui s’étaient déroulées à Limoges, il ne put reprendre tout de suite son marteau. Il médita sur cette journée pour ordonner les sentiments qui l’avaient traversé et il aperçut dans des profondeurs sa fortune qui lui faisait signe.