— Ils se seraient bien trompés ; on ne méprise que ce qui compte ! dit Claude.
— Ah ! monsieur, repartit Jacques Chabane, je prends vos paroles comme une simple boutade !
Mais sa colère se fondit dans le doux regard de Sylvie.
— Je n’ai pas voulu parler de gens qui sont attachés au roi, mais de factieux qui ont ruiné Villemonteil.
— Il ne faut pas trop parler de Villemonteil, dont le maître est absent. Mais j’ai désapprouvé ces désordres.
Sylvie changea le cours de ces paroles ; elle s’anima de gaieté factice et brillante.
— Monsieur, faites-nous ce soir le plaisir de manger avec nous un bien modeste repas.
Jacques fut si interdit de cette invitation, qu’il s’inclina sans pouvoir répondre. Elle le considérait d’un œil clair, heureuse du trouble qu’elle éveillait en lui. Il maîtrisait avec peine son orgueil. Pour la première fois, il allait s’asseoir à la table des maîtres d’Argé.
Claude appela des jours où le roi et le peuple formeraient une grande harmonie.
Le soleil descendait ; par les fenêtres de la salle où le couvert était mis, il répandait sa pourpre, mêlée à la verdeur des prairies. Et du foyer des collines, la première étoile gagna le ciel, où elle trembla comme une pointe d’épi.