— Citoyen, repartit Forclos, en ôtant à regret son chapeau, je dois vous rappeler que le jour est proche où vous devez prêter le serment d’égalité et de liberté. La loi, vous le savez, a été sanctionnée et acceptée par le roi, en date du 26 décembre 1790. Nous avons eu la bonté de vous donner le temps de réfléchir. J’ai pensé que ce serment devait être entouré d’une certaine pompe, dimanche prochain, dans l’église, en présence de la municipalité.
L’abbé Broussel se leva et considéra Pierre Forclos.
— Monsieur, vous me demandez ce que je ne peux vous accorder. Le procureur-syndic m’a dicté des ordres, mais j’ai conclu un pacte avec mon Seigneur en dehors des hommes. Une âme sous l’empire de Dieu, vous ne pouvez qu’en briser la chaîne misérable qui est mon corps.
— Vous commettez là, citoyen, s’écria Forclos, une insigne folie.
— La folie de la Croix, dont parle l’apôtre Paul. Que pouvais-je donner quand les temps étaient faciles ? Je bénis mon Seigneur qui éprouve son serviteur très humble.
Forclos haussa les épaules et dit en tournant sur les talons :
— Vous ferez donc connaître votre refus.
Et il gagna la porte d’un pas rapide.
Le soir de ce jour, il reçut la lettre suivante, qu’il lut publiquement dans la salle commune : « Je soussigné, considérant qu’il m’est impossible de garder le troupeau confié à mes soins, contraint d’obéir à la Loi, je déclare à messieurs les officiers municipaux de Bonnal, que je quitterai ce soir le presbytère, me conformant ainsi aux ordres auxquels je ne défère que contraint et sans approuver la légitimité de la nomination qui sera faite à ma cure… »
Il commenta avec sévérité cet acte d’insoumission et l’assemblée, où la plupart ne savaient ni lire ni écrire, manifesta un violent mécontentement. Mais Jacques Chabane éleva la voix avec force. Il ne fallait pas montrer au curé Broussel des sentiments de haine qu’il ne méritait pas. Il avait été toujours bon et secourable aux pauvres gens.