Il songeait à ces livres de l’abbé Prévost et de Rousseau, où le râle des impurs s’accorde à de trop délicieuses musiques ; mais Sylvie, c’était une enfant solitaire dans la forêt et elle entrait, ainsi qu’un rayon de l’aube, dans les domaines interdits aux hommes pesants. Et repris par la fureur de son sang, il chassait, à l’appel du jour levant, ces rêves où l’innocence valait plus qu’un grand peuple en armes.

XXVIII

Un soir de décembre, Jeanne Cabiaud vint à Bonnal. Elle frappa à la maison des Chabane ; la mère lui répondit que Jacques travaillait avec son père à la forge. Elle y courut.

— Le petit est malade, on a besoin de vous.

Le père Chabane était irrité que son fils fréquentât ce repaire de nobles, mais il n’osait le réprimander.

Jacques se lava les mains et suivit en hâte Jeanne Cabiaud, qui gémissait :

— Ça l’a pris au milieu de la nuit… La pauvre Sylvie est folle…

Chemin faisant, il se maîtrisait. Sylvie criait au secours ; elle s’était tournée vers lui, comme vers le seul ami ! Par de telles voies, il s’approcherait d’elle. Pourtant, ce Marie-Gabriel était le fils de celui qu’il abhorrait et qui élevait une barrière qu’il ne pourrait franchir. Et elle aimait cet homme qui trahissait la nation ! Il s’apaisait en pensant que l’enfant est toujours plus près de la mère. Et qu’elle l’appelât, cela suffisait pour qu’il accourût.

Comme il arrivait dans la cour, Sylvie parut sur le seuil et Jacques vit qu’un sentiment bien fort la bouleversait ; à la faveur de cette angoisse, l’atteindrait-il par surprise ?

— Jacques, venez vite ! s’écria-t-elle. Je meurs de tourment. Mon petit Marie-Gabriel est pris d’une mauvaise fièvre et tousse sans arrêt, on dirait qu’il va étouffer. Sauvez-le… Conseillez-moi, aidez-moi. Je suis seule.