Elle l’entraîna dans la chambre où l’on entendait un souffle pressé qui sortait d’un lit à l’ange. Sur des oreillers élevés, roulait la tête de Marie-Gabriel. Il toussait et respirait avec peine ; ses mains s’agitaient sur le drap et son visage était empourpré.
— Maman, de l’eau, de l’eau, j’ai chaud, chaud, pleurait-il.
— Jacques, implora Sylvie en lui serrant les mains avec force, venez à mon secours. Je perds la raison. Que l’on me prenne tout, mon Dieu, mais qu’on me laisse mon enfant.
En hâte, elle expliqua que Marie-Gabriel avait pris froid. Jacques Chabane considérait avec une folle jalousie ce petit être qui tenait sous son empire cette belle Sylvie.
— Madame, dit-il, il faut agir sans retard. Il n’y a pas de médecin à plus de cinq lieues à la ronde. Il faudrait aller jusqu’à Bellac ; je vais me procurer un cheval et je ramènerai un médecin.
Il sortit sans attendre qu’elle le remerciât. Il courut jusqu’à Bonnal, et il eut bientôt fait d’emprunter un cheval.
Sur l’accotement de la route, il poussa la bête au trot dans ses jambes dures. Quand il se mettait un moment au galop, il voyait devant lui, malgré la nuit qui tombait, les yeux de Sylvie pleins de larmes. Il exhortait de la voix sa monture, qu’il sentait plier sous lui. Bientôt il serait mêlé à quelques assauts militaires, mais ce soir il allait vers le cœur de Sylvie. La mort qui s’approche d’un petit enfant, comme son pas sonne haut et couvre tous les bruits de la terre ! Ce pas sonnait dans les sabots du cheval que Jacques jetait sans trêve en avant…
… Il ralentit son allure ; il entrait à Bellac ; on lui montra la maison de M. Ramond, qui était sise dans la rue de la Chapelle. Il attacha sa monture près du seuil de l’hôtellerie du « Mouton blanc ».
Ayant frappé à la porte du médecin, il fut introduit dans une salle meublée de chaises de paille et d’une table que seul ornait un buste d’Hippocrate.
M. Ramond entra, petit homme robuste au visage coloré.