Le soir était avancé. Marie et Jeanne Cabiaud allèrent se coucher. Le silence de la pleine nuit arrivait. Claude regarda Sylvie avec angoisse :
— Mon amour, je n’attendrai pas le matin pour partir. Je vous mets en danger et je dois accomplir ma mission. Sylvie, j’ai pensé que vous rempliriez ma ceinture de cet or qui doit être répandu pour le roi.
Elle ne voulut pas dire la pauvreté où elle était elle-même plongée ; mais elle ouvrit une cassette et lui donna douze rouleaux de louis, qui formaient tout son avoir. Il trouva que c’était bien peu ; elle devina sa déception et le pria d’accepter une bague qui était illuminée par un gros diamant solitaire que Mme de Flamare portait avec orgueil, une pierre admirablement taillée et d’une eau bleuâtre.
Claude la prit et dit :
— Sylvie, votre cœur est plus beau que ce diamant.
Le souci barra d’une ride profonde son front. Il considéra avec passion sa femme, son enfant. Il voulut parler, il ne le put. Sylvie appuyait sa main sur sa bouche pour refouler un sanglot.
Elle l’accompagna jusqu’à la porte maîtresse. Il murmura :
— Je reviendrai bientôt. Au revoir, Sylvie, amie de mon cœur…
Elle pleurait en silence dans l’ombre, sur le seuil ; des gouttes de pluie se mêlaient à ses larmes. Il sella son cheval ; il y monta d’un bond et gagna la route de Nouic, vers Bussière-Poitevine.
La nuit était sombre ; il allait au trot ; comme il arrivait à Nouic, il crut entendre derrière lui, à une bonne distance, le pas d’un cheval, étouffé par l’herbe du talus. Il s’arrêta, prêta l’oreille et le bruit cessa. Il repartit, se mit au galop, et il semblait, malgré le souffle d’Ouest mêlé de pluie, que sa chevauchée éveillait un étrange écho qui tantôt le précédait, tantôt le suivait. Il s’accusa de folie, prit le pas pour ménager sa monture, qui devait fournir une longue traite ; et il respirait avec force le vent de son pays.