La bonne chère, une bouteille de vin de Bourgogne réchauffèrent Claude et, tout à coup, repoussant avec douceur Sylvie :

— Il faut sauver le roi. Nous avons juré de l’arracher à ses ennemis. Demain, je serai à Poitiers, où je m’arrêterai une journée pour rallier quelques garçons de mon étoffe.

Il leva son verre :

— Vive le roi, Sylvie ! Vive le roi, Marie-Gabriel !

Et son regard étincela.

— Ah ! Claude, plus bas ! implora Sylvie, car il lui semblait entendre parler Jacques Chabane.

Elle descendit à la cuisine et Jeanne Cabiaud, qu’elle interrogea, lui dit que Jacques était monté jusqu’à la porte de la chambre, mais ne voulant pas se présenter, il était parti en s’excusant.

Sylvie revint auprès de Claude. Il était assis sur un sopha et goûtait le délice d’ouïr le vent d’hiver battre les volets, tandis qu’il tenait sa femme embrassée, dans une chambre paisible. Il lui conta à grands traits comment il était arrivé au château d’Argé. Sans ressources, il avait dû gagner quelque argent en donnant des leçons de musique.

— Malade, j’ai voulu regagner mon pays, où, ne pouvant servir militairement le roi, je le servirai par la ruse… Pour manger du pain, je jouais à des étrangers les airs que nous chantions ensemble. Parfois, au milieu des rires, je m’arrêtais ; le souvenir m’étouffait. Je disais que j’étais pris d’un malaise passager.

Sylvie était inquiète. Pourquoi Jacques Chabane n’était-il pas entré dans la chambre pour saluer Claude ? A la réflexion, elle admira sa délicatesse. Claude éveilla l’enfant et Sylvie lui demanda de faire quelques gestes qu’elle lui avait appris. Pour envoyer un baiser, il couvrait d’un doigt sa bouche ronde, écarquillait ses yeux et le lançait soudain en l’air, en agitant ses petites mains. Claude le reposa sur son lit, quand il eut dit sa prière à Dieu et aux anges.