Elle s’émerveillait comme si quelque fée l’eût secourue. La Révolution avait eu beau passer, elle n’avait guère touché le cœur de cette femme. Elle continuait à prier la bonne Vierge pour son garçon qui était soldat.
Tous les matins, elle allait chercher très loin du lait pour Marie-Gabriel.
Quand elle apprenait que le sang des suspects ou des riches coulait à flots, elle hochait la tête un moment et elle disait :
— On ne peut tuer tout ce qui est gras…
Ou bien :
— Si ça continuait, les lièvres poursuivraient les chiens, m’est avis.
Lorsqu’elle s’asseyait en tricotant un bas, elle demandait :
— Racontez-moi ce qui se passait chez vous autres, petite dame.
Sylvie lui découvrait que l’on y riait, travaillait ou pleurait, comme chez les pauvres. Alors, la mère Chabane murmurait :
— Ce qui est dessous le gilet, c’est toujours fait de la même façon. Seulement change ce qui le couvre.