Et lui, il la regardait avec avidité, plein d’un tremblement d’amour et d’orgueil.
XXXVIII
Le 21 mai 1795 (ancien style), le château d’Argé, meubles et dépendances furent adjugés au citoyen Jacques Chabane, fournisseur aux armées, pour la citoyenne Sylvie Dargé, habitant au bourg de Bonnal.
En hâte, il vint lui annoncer la nouvelle :
— J’ai osé racheter à votre nom. Daignez me pardonner : j’ai voulu réparer tant d’injustices…
— N’avez-vous obéi qu’à ce sentiment ?
Il vit qu’elle pleurait.
— Ah ! permettez-moi de vous aimer et de vous servir…
Il la prit dans ses bras avec douceur ; elle se défendait faiblement, effrayée, ravie. Il la baisa sur les tempes, près des cheveux tordus en masses blondes, à la place où vient battre le sang. Il dit des paroles ardentes, légères, essayant de voiler tant de gravité, et il essuya les larmes de Sylvie d’une bouche que la passion séchait.
— Laissez-moi, Jacques, murmura-t-elle. Donnez-moi le temps de découvrir votre cœur. Je crois le bien connaître, cependant ; mais moi, puis-je de nouveau regarder la vie ?