Elle le fixa un moment, mais, se faisant violence, elle continua sa prière, à laquelle répondait l’enfant.
Le lendemain, de bon matin, il alla à Bonnal chez ses parents. Il écouta avec humilité les paroles de sa mère et, avant de repartir, il la tint embrassée plus longtemps que de coutume. Dans le verger, il cueillit une fleur de perce-neige, dont il décora son habit. Le ciel s’éclairait, le vent ayant tourné, le soleil monta.
Il regagna Argé ; on l’entendit, comme autrefois, parler haut, fredonner des refrains galants et guerriers. A midi, il s’assit à table, magnifiquement vêtu. Il avait invité quelques concitoyens et il s’occupa de les éblouir par des récits de bataille. Puis il se plaignit d’une vie monotone ; de nouveau, il ferait la guerre. Sylvie n’osait l’interrompre, devinant la fureur qui le tenait.
L’après-midi, il sortit dans la campagne, avec ses invités, et tira quelques lièvres qu’ils emportèrent.
Avant que le soleil ne fût couché, il salua Sylvie, habillé ainsi qu’un homme qui va monter à cheval. Il annonça qu’il partait le soir même et, transfiguré par l’adieu, il la regarda longuement. Elle lui rendit son regard, voulut parler, se troubla, mais il s’éloigna vite, n’ayant baisé que ses chères mains qui tremblaient.
Environ quatre mois après son départ, Sylvie reçut une lettre des armées ; elle portait la nouvelle de la mort de Jacques Chabane et l’assurance que sa glorieuse mémoire passerait à tous les braves qu’il avait commandés.
FIN
Cet ouvrage a été achevé d’imprimer par
Plon-Nourrit et Cie,
à Paris, le 22 octobre 1925.