Quand son angoisse montait trop, il sortait au plein air, sellait un cheval et, le lançant à travers champs et châtaigneraies, il aurait voulu s’en aller aux limites de la terre. Un soir, la bête forcée s’abattit ; il revint seul au château, se coucha et délira toute la nuit. Des paroles si étranges lui échappèrent que Sylvie dut quitter son chevet.
Après de tels accès, il retombait dans des torpeurs que rien ne pouvait dissiper.
Noël arriva. Dans la grand’salle, Sylvie avait formé, avec de la paille de blé, une couchette où souriait un Enfant-Jésus de cire, sous une étoile de carton doré. Elle apprenait à Marie-Gabriel de vieux airs de la Nativité, qui tournent dans la mémoire plus doucement que la neige et, tous deux, ils recueillaient la paix que les anges laissent tomber du ciel.
Depuis plus d’un mois, Jacques s’isolait davantage. En cette fête de la divine humilité, il dit à Sylvie :
— J’ai soif d’une source qui me rafraîchirait… Pardonnez-moi cette méchante mine que j’ai malgré moi.
Il partagea le repas du soir et demeura silencieux. Ayant mangé, il sortit dans la cour ; il se retournait, comme s’il avait peur d’être suivi. Devant lui, la route s’enfonçait dans l’ombre. Par une nuit semblable, il avait dénoncé Claude d’Argé qui trahissait la nation. Il aurait pu le livrer au district de Bonnal, mais il fallait le saisir au nœud même de l’intrigue.
Ce soir, il revenait sur cette trace chaude que tous les hivers du monde n’eussent pu effacer ni refroidir. Il marcha quelque temps sur la route, dont il connaissait les moindres accidents depuis qu’il l’avait suivie, à cheval, derrière Claude, jusqu’à Poitiers. Et, tout à coup, il se demanda pourquoi il s’attardait en ces lieux, à cette heure. Il n’osait se répondre à soi-même ; Claude n’était plus le conspirateur, mais l’homme toujours aimé de Sylvie.
Il revint au château et parut sur le seuil de la salle où se tenaient Sylvie et Marie-Gabriell, près d’un trop clair feu de bois. Il supplia :
— Sylvie, priez pour moi…