Elle en fut tellement saisie, qu’elle s’écria :
— Vous souffrez !
Les yeux de Jacques se creusèrent et sa bouche se tira. Il ne put que répondre à voix basse :
— Non, Sylvie, mais je voudrais ne plus penser…
Le souvenir ne lui laissait plus de répit. Élève de l’abbé Broussel, par lui façonné dès l’enfance, il découvrait avec d’immenses regrets le royaume des cœurs purs.
Il ne recevait personne, si ce n’est ses parents, ou Forclos, qui montrait une sourde insolence et qui lui dit un jour :
— Tu n’es pas homme à t’embarrasser de vétilles. Je suis seul à savoir.
Jacques l’avait regardé de telle façon, qu’il s’était éloigné en hâte, avec le sentiment qu’il venait d’échapper à un grand danger.
D’une salle isolée, il avait fait une bibliothèque, où il lisait jusqu’à ce que ses yeux se ferment de fatigue, il ne savait quelles histoires. Nul n’osait troubler ce que l’on appelait : sa méditation. Seul, un chien de chasse, qu’il avait élevé, grattait à sa porte ; il gardait quelque temps, sur ses genoux, la tête de l’ami silencieux. Parfois, il se levait du sopha où il s’étendait comme sous un rocher ; un miroir luisait dans un angle ; il s’en approchait et ne se reconnaissait plus. Ou bien, il s’agenouillait et grondait, tout replié :
— Puis-je vous prier, mon Dieu, vous que l’abbé Broussel aimait. Ayez pitié de moi…