—J’ai tant de choses à te dire, Simon. Ce soir n’est pas comme les autres.
—Oh! Il est bien comme les autres, puisque tu es là , tout près de moi.
Dès le seuil de la maison, elle lui enleva son sac, son béret, et elle remplaça ses souliers par des pantoufles chaudes.
—Viens dans la chambre, Simon; nous serons plus à l’aise pour parler.
L’enfant vit bien qu’elle avait changé de figure. Il aperçut, pour la première fois, dans les yeux de Claire quelque chose de mystérieux. Ses mains, qu’elle appuyait sur sa tête, tremblaient.
—Simon, depuis que tu as l’âge de raison, j’aurais dû te parler de ta mère. Moi, je ne suis pas ta maman. Celle qui t’a donné le jour, tu ne l’as jamais vue, parce qu’elle ne pouvait pas venir ici, ni t’élever; et toi, tu n’aurais pu rester auprès d’elle, quand tu étais tout petit. Je t’avais dit que ton père était un brave officier et tu es à moi, quand même, car il est mon frère, et je le remplace.
Elle fit un violent effort et dit:
—Ta maman est bonne, je l’aime bien. Elle va venir. Peut-être, un jour, tu me quitteras pour la suivre.
Vers elle il leva bien droit sa figure pâlie de chagrin et s’écria:
—Tu es ma maman! Tu es ma maman! Je ne te quitterai jamais.