Elle eut la force de ne pas montrer ses larmes, mais elle lui caressa la tête et soupira:

—Comment peux-tu parler ainsi? Je deviens vieille, voilà tout. Ta maman est bien plus jeune que moi.

Il leva vers elle sa figure grave et demanda:

—Ça ne t’ennuie pas que je pense à elle, dis, maman Claire? Il y a longtemps qu’elle n’a pas envoyé de lettres. Je te cachais mon chagrin.

Claire put sourire et l’étreignit:

—Il faut bien que tu penses à elle. Moi, j’y pense autant que toi.

Les jours coulaient dans l’immense paix agricole. La vallée verdoyait davantage. Le temps des foins était venu; on ne pouvait se servir de la faucheuse mécanique en ces terres montueuses. Jacquier partait au petit matin, quand le soleil monte des collines aussi douces au regard que la plume du pigeon sauvage. A ses poings, la faulx tournait dans l’herbe haute, blanchie de rosée, et il chantait pour se donner du cœur. Comme les jours étaient chauds, avec des menaces d’orage, Claire et Jeannette fanèrent sans répit. La charrette câblée entrait, dorée par le soir, sous le portail de la grange où Jacquier, ruisselant de sueur, mais bien content, la déchargeait.

La pluie arriva comme l’herbe du dernier pré était presque sèche. On avait eu le temps de faire des meules qui empêchent le foin de se gâter. Au bout de huit jours, le ciel s’éclairant, on les ouvrit sous un ciel tamisé de nuages, et qui ne grille pas l’herbe, mais la fane peu à peu, en lui gardant tout son arome. Les jeudis, Simon aida à râteler avec ces mouvements réguliers qui ne laissent pas de brindilles.

Après les feux de la Saint-Jean, les blés jaunirent davantage; le vent y courut, tel une fumée. Pas de plantes inutiles et mangeuses; à la saison humide, on les avait désherbés avec soin.

Quelque temps encore, et l’épi allait être bon à couper. Jacquier se reposa un peu. Assis sur un billot de chêne, devant la grange, il tordait de la paille pour en faire des liens qui tiendraient solidement les gerbes.