Les mœurs féodales dans la première partie du Raoul portent en plus d'une strophe les marques d'une certaine antiquité; il serait difficile toutefois de faire ici le départ de ce qui appartient véritablement au Xe siècle. L'hérédité des fiefs n'y est point encore complètement établie, mais il faut reconnaître que les remanieurs ne pouvaient guère, sans nuire à l'économie du poème, introduire sur ce point les coutumes de leur temps. La réparation à la fois éclatante et bizarre que Raoul offre à Bernier après l'incendie d'Origny[33], et qui est l'une des formes de l'harmiscara des textes carolingiens, semble encore un trait conservé de la chanson primitive sur la mort de Raoul, mais on sait combien il est difficile de renfermer dans des limites chronologiques la plupart des usages du moyen âge: telle coutume oubliée presque totalement en France a pu se perpétuer dans le coin d'une province; elle a pu disparaître complètement de notre pays et se conserver plusieurs siècles encore à l'étranger. C'est pourquoi nous croyons sage de nous abstenir de plus amples considérations.
P. Meyer et A. Longnon, Raoul de Cambrai,
chanson de geste, Paris, 1882, in-8º. Introduction,
passim.
CHAPITRE VIII
L'ALLEMAGNE ET L'ITALIE
PROGRAMME.—Les duchés allemands; Henri Ier; les Marches; Otton Ier en Italie. Nouvelle restauration de l'Empire.
L'empereur et le pape. La réforme de l'Église. Grégoire VII. La querelle des investitures. Alexandre III et Frédéric Barberousse.
Innocent III, Frédéric II.