L'histoire générale de l'Allemagne sous les derniers Carolingiens, sous les empereurs saxons, franconiens et sous les Hohenstaufen, a été très souvent écrite.—Dans la collection des Jahrbücher der deutschen Geschichte ont été publiées d'excellentes annales pour les règnes d'Henri I, d'Henri II, de Conrad II, d'Henri III, d'Henri IV et d'Henri V, de Lothaire, de Conrad III, d'Henri VI, d'Otton IV, de Frédéric II.—L'ouvrage de W. v. Giesebrecht, Geschichte der deutschen Kaiserzeit (Leipzig, 1881-1890, 5 vol. in-8º) est célèbre.—Il existe en allemand beaucoup d'exposés généraux, à l'usage du grand public. Sans parler de la Deutsche Geschichte, précitée, de K. Lamprecht, de celle de K. W. Nitzsch (Geschichte des deutschen Volkes, Leipzig, 1892, 3 vol. in-8º, 2e éd.), et de l'estimable Manuel sommaire de B. Gebhardt (Handbuch der deutschen Geschichte, Stuttgart, 1891, in-8º), où cette période de l'histoire d'Allemagne est esquissée à grands traits, voir: H. Gerdes, Geschichte des deutschen Volkes. Zeit der karolingischen und sächsischen Könige, Leipzig, 1891, in-8º;—M. Manitius, Deutsche Geschichte unter den sächsischen und salischen Kaisern (911-1125), Stuttgart, 1889, in-8º;—J. Jastrow, Deutsche Geschichte im Zeitalter der Hohenstaufen, Berlin, 1893 et s., in-8º.—Parmi les monographies de premier ordre: Th. Sickel, Das Privilegium Otto I für die römische Kirche vom J. 962, Innsbrück, 1883, in-8º;—O. Harnack, Das Kurfürstencollegium bis zur Mitte des vierzehnten Jahrhunderts, Giessen, 1883, in-8º.—On a en français: J. Bryce, Le saint Empire romain germanique, Paris, 1890, in-8º;—C. de Cherrier, Histoire de la lutte des papes et des empereurs de la maison de Souabe, Paris, 1858-1859, 3 vol. in-8º (Vieilli);—J. Zeller, Fondation de l'Empire germanique. Otton le Grand et les Ottonides, Paris, 1873, in-8º; L'Empire germanique et l'Église au moyen âge, Paris, 1876, in-8º; L'Empire germanique sous les Hohenstaufen, Paris, 1881, in-8º; L'empereur Frédéric II et la chute de l'Empire germanique au moyen âge, Paris, 1885, in-8º;—G. Blondel, Étude sur la politique de l'empereur Frédéric II en Allemagne, Paris, 1892, in-8º.
L'histoire de l'église romaine, du XIe au XIIIe siècle, a été aussi fort étudiée. Parmi les ouvrages généraux, consulter, outre l'excellent Manuel de K. Müller (Kirchengeschichte, I, Freiburg i. Brisgau, 1892, in-8º) et les autres Manuels d'histoire ecclésiastique (ci-dessous, Bibliographie du ch. XIII), les narrations de J. Langen (Geschichte der römischen Kirche, t. III [de Nicolas Ier à Grégoire VII], Bonn, 1892, in-8º, et IV [de Grégoire VII à Innocent III], Bonn, 1893, in-8º), et de F. Rocquain (La Cour de Rome et l'esprit de Réforme avant Luther, t. Ier, Paris, 1893, in-8º).—L'opuscule élémentaire de U. Balzani (The popes and the Hohenstaufen, London, 1889, in-16) n'est pas sans mérite.—Il y a des monographies sur les grands papes: Grégoire VII, Alexandre III, Innocent III, Grégoire IX, Innocent IV, etc., dont quelques-unes sont très bonnes; les principales sont celles de W. Martens (Gregor VII, sein Leben u. Wirken, Leipzig, 1894, 2 vol. in-8º), de H. Reuter (Geschichte Alexanders der dritten und der Kirche seiner Zeit, Leipzig, 1860-1864, 3 vol. in-8º), de F. Hurter (Histoire du pape Innocent III, Paris, 1843, 3 vol. in-8º, tr. de l'all.). Citons encore, en seconde ligne, les travaux d'O. Delarc (Saint Grégoire VII et la réforme de l'Église au XIe siècle, Paris, 1889-1890, 3 vol. in-8º), de J. Felten (Papst Gregor IX, Freib. i. B., 1886, in-8º) et de C. Rodenberg, Innocenz IV und das Königreich Sicilien, 1245-1254, Halle, 1892, in-8º.—Sur Rome pontificale au moyen âge, lire, outre la célèbre Geschichte der Stadt Rom, de F. Gregorovius, précitée, le livre excellent de A. Graf, Roma nella memoria e nelle immaginazioni del medio evo, Torino, 1882, 2 vol. in-8º.—Cf. G. Paris, dans le Journal des Savants, 1884, p. 557-577.
Sur l'histoire d'Italie, l'œuvre capitale est celle de J. Ficker, Forschungen zur Reichs-und Rechtsgeschichte Italiens, Innsbrück, 1868-1874, 4 vol. in-8º; mais il existe d'autres bons livres qui ne sont pas assez connus. Citons entre beaucoup d'autres monographies importantes: Fr. Lanzani, Storia dei comuni italiani dalle origini al 1313, Milano, 1882, in-8º;—P. Villari, I primi due secoli della storia di Firenze, Firenze, 1893, in-8º;—L. v. Heinemann, Geschichte der Normannen in Unteritalien und Sicilien bis zum Aussterben des normannischen Königshauses, I, Leipzig, 1894, in-8º.
I—LA VILLE DE ROME AU MOYEN ÂGE
«On rapporte, dit Sozomène, dans le neuvième livre de son Histoire ecclésiastique, que lorsque Alaric se dirigeait à marches forcées sur Rome, un saint moine d'Italie l'exhorta à épargner la cité et à ne pas être la cause d'aussi horribles calamités. Mais Alaric répondit: «Ce n'est pas en vertu de ma propre volonté que j'agis ainsi; il y a quelqu'un qui me pousse et qui ne me laisse aucun repos, et qui m'a ordonné de détruire Rome.»
Vers la fin du Xe siècle, le Bohémien Woitech, célèbre plus tard dans la légende sous le nom de saint Adalbert, quitta son évêché de Prague pour voyager en Italie et se fixa dans le monastère romain de Sant'Alessio. Au bout de quelques années passées dans cette solitude religieuse, il fut invité à venir reprendre les devoirs de son siège et s'y consacra de nouveau au milieu de ses compatriotes à demi sauvages. Bientôt, cependant, son ancien désir se réveilla en lui; il regagna sa cellule sur les hauteurs de l'Aventin, et là, errant parmi les vieilles reliques et se chargeant des plus humbles occupations du couvent, il vécut heureux quelque temps. A la fin, les reproches de son métropolitain, l'archevêque de Mayence, et les commandements exprès du pape Grégoire V le contraignirent à repasser les Alpes et il se joignit à la suite d'Otton III, se lamentant, dit son biographe, de ce qu'il ne lui fût plus permis désormais de jouir de sa douce quiétude au sein de la mère des martyrs, de la demeure des Apôtres, de la Rome enchantée. Au bout de quelques mois, il subissait le martyre chez les Lithuaniens païens de la Baltique.
Environ quatre cents ans plus tard et neuf cents ans après Alaric, François Pétrarque écrit en ces termes à son ami Jean Colonna: «Ne penses-tu pas que je souhaite vivement voir cette cité, qui n'a jamais eu et n'aura jamais son égale; qu'un ennemi même a appelée une cité de rois; sur la population de laquelle il a été écrit: «Grande est la valeur du peuple romain, grand et terrible est son nom»; dont la gloire sans exemple et l'empire sans pareil, passé, présent et futur, ont été célébrés par les divins prophètes; où sont les tombes des apôtres et des martyrs et les corps de tant de milliers de soldats du Christ?»
C'était la même impulsion qui entraînait irrésistiblement le guerrier, le moine et l'érudit vers la cité mystique, qui était pour l'Europe du moyen âge bien plus que n'avait été Delphes pour la Grèce ou la Mecque pour l'Islam, la Jérusalem de la chrétienté, la ville qui avait jadis gouverné la terre et gouvernait à présent le monde des esprits incorporels. Car Rome offrait à chaque classe d'hommes un genre d'attractions particulier. Le pèlerin dévot venait prier devant la châsse du prince des apôtres; l'amoureux des lettres et de la poésie rêvait à Virgile et à Cicéron parmi les colonnes renversées du Forum; les rois germains venaient avec leurs armées chercher dans l'antique capitale du monde la source de la puissance temporelle.